
Convergence des luttes
Pour Edgar Morin, une « nouvelle résistance civile » au passage du monde est née depuis la convergence de trois prises de conscience : celle de la dégradation écologique, celle de la crise de l’emploi et celle du dépérissement des campagnes. Cependant si la société civile résiste, c’est le plus souvent un phénomène de « résistance collaboratrice ». Pour prendre un exemple illustratif, l’économie de marché et le capitalisme n’apportent pas qu’homogénéisation et massification. Ils se mettent au service, dès qu’il y a profit, des pulsions de recherche d’une vie intense, ludique, poétique (« Auchan, la vie, la vraie »). Ainsi l’univers télévisuel ou cinématographique ou de façon plus générale, la société du spectacle, ne fournissent la vie ludique, intense, amoureuse, aventureuse que par procuration, de façon imaginaire. L’exaltation sportive (automobile, football...) est également l’exploitation de ces résistances collaboratrices. Autre exemple, les individus résistent par la multiplication des amours, la recherche des plaisirs (pulsions de consommation, abrutissement télévisuel...), l’entretien des amitiés, les bandes de copains structurés autour de nouvelles identités, ce que Michel Maffesoli appelle le « nouveau tribalisme ». Les individus résistent à la dégradation de la qualité de la vie (urbanisation, suburbanisation...) en multipliant week-end, sorties, vacances (ainsi de l’omniprésence des rubriques « évasion » dans notre presse quotidienne ou magazine), au cours desquels ils changent radicalement de mode de vie et de comportements, devenant des néo-ruraux ou néo-naturistes... Ainsi on peut parler d’un aspect multiforme des résistances civiles (résistances privées, résistances collaboratrices, résistances conscientes voire formalisées). Pour Edgar Morin, « ce sont ces contre-tendances et ces résistances qu’il s’agirait de réunir en faisceau, de stimuler et d’intégrer dans une politique de civilisation ». Ainsi la question n’est pas pour Morin de systématiser ces résistances (la question de la prise de conscience collective) mais plutôt de les « systémiser », c’est-à-dire les relier pour qu’elles constituent un tout, où « solidarité, convivialité, écologie, qualité de vie, cessant d’être perçues séparément, seraient conçues ensemble ».