
Professeur émérite d’économie à l’université de Paris-Sud (Orsay), Serge Latouche est spécialiste des rapports économiques et culturels Nord-Sud et de l’épistémologie des sciences sociales. Plus épistémologue et philosophe qu’économiste (au sens traditionnel, et encore moins au sens de l’orthodoxie économiciste de droite comme de gauche), Serge Latouche est aussi un des animateurs de La Revue du M.A.U.S.S. (Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales), et ancien président de l’association La Ligne d’Horizon (les amis de l’économiste François Partant). Il est aujourd’hui le défenseur actuel le plus connu de la perspective de la " décroissance conviviale " de l’imaginaire économiciste et progressiste. Pour les besoins de la présentation de sa bibliographie loin d’être ici exhaustive, nous avons séparé les ouvrages et articles relatifs à la critique de l’économie, à la critique du développementisme, et enfin à la critique de la raison techno-scientifique.
OUVRAGES ET ARTICLES SUR LA CRITIQUE DU DEVELOPPEMENT : L’APRES-DEVELOPPEMENT.
Survivre au développement : De la décolonisation de l’imaginaire économique à la construction d’une société alternative , Mille et une nuits(Poche), 2004, 126 pages. Social, humain, local, durable... Le développement a récemment revêtu des " habits neufs " qui satisfont les critères des organisations internationales telles que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Mais la logique économique est restée la même, et le modèle de développement conforme à l’orthodoxie néolibérale. Or le développementisme repose sur des croyances eschatologiques en une prospérité matérielle possible pour tous - que l’on sait dommageable et insoutenable pour la planète. Il faut donc remettre en cause les notions de croissance, de pauvreté, de besoins fondamentaux, et déconstruire notre imaginaire économique, ce qui affecte l’occidentalisation et la mondialisation. Certes, il ne s’agit pas de proposer un impossible retour en arrière, mais de penser les formes d’une alternative au développement : notamment la décroissance conviviale et le localisme.
L’occidentalisation du monde : Essai sur la signification, la portée et les limites de l’uniformisation planétaire. Réédité chez La découverte en 2006. Au terme d’une histoire multiséculaire complexe, l’Occident s’est transformé en une "machine sociale" non contrôlable, ayant la certitude d’être universelle parce qu’elle est reproductible. Croissance illimitée des marchandises, multiplication des réseaux de communication, urbanisation intensive, changements techniques continuels, éclatement de la famille-souche, émancipation des femmes, Etat-providence, scolarisation forcée, démocratie parlementaire, etc. : le modèle occidental est persuadé d’être le meilleur. Il joue de la fascination qu’il exerce sur les élites et les peuples pour s’exporter au Sud et à l’Est. L’universalisation du modèle se heurte à des résistances et à des obstacles de toutes natures. Son triomphe même engendre des ferments de décomposition qui suscitent des alternatives possibles, que l’auteur tente d’explorer dans ce livre.
La Planète uniforme. L’auteur soutient l’hypothèse suivante : la marchandisation du monde n’est que le résultat d’un long processus historique d’occidentalisation du point de vue politique, économique et culturel. Une analyse lucide des travers de la modernité, à travers l’examen de la nature spécifique de ce phénomène.
Les dangers du marche planetaire, Presses de Sciences Po, 1998.
La Planète des naufragés : Essai sur l’après-développement. La Découverte, 235 pages, 1991. Réédité en 1993. Serge Latouche tente d’aller plus loin, à la fois sur les prémisses et sur les conclusions, que son premier essai L’occidentalisation du monde (Paris, La Découverte, 1989). Il se penche sur l’avenir possible du monde, une fois la civilisation occidentale disparue.
Faut-il refuser le développement ?, Presses Universitaires de France - PUF, 1986, 224 pages.
L’Autre Afrique : Entre don et marché, Albin Michel, 1998, 256 pages.L’Afrique noire, pillée, marginalisée, représente moins de 2% du produit mondial. Aux yeux du monde, elle offre un spectacle de génocides, de conflits ethniques, de luttes tribales, de coups d’ État militaires, de famines et de pandémies comme le sida. Ne serait-elle donc que la face noire de notre destin, le rêve de la modernité devenu cauchemar ? Et si le continent africain était tout autre chose ?
Un nouveau système social s’y trouve en gestation, entre "don et marché". Forcés de trouver des moyens de subsistance, les Africains inventent un monde bien vivant, au-delà de la misère effroyable engendrée par l’idéologie libérale triomphante et la prééminence du concept de marchandise. Ce système révèle notre propre pauvreté et la faillite de notre société qui, par ailleurs, voit une économie de proximité conviviale se réinventer dans ses marges. Observant le don mauritanien, les forgerons soninké, la sorcellerie à Douala ou, encore, l’économie informelle à Dakar, Serge Latouche, professeur d’économie à l’université de Paris-XI et auteur de plusieurs ouvrages, dont La "Mégamachine", rompt avec "l’afropessimisme" et propose une analyse magistrale du don et du marché, ainsi qu’une réflexion sur notre avenir. L’autre Afrique est le laboratoire de la postmodernité, au-delà de l’économie de marché.
Critique de l’impérialisme
Article de Serge Latouche, « En finir, une fois pour toutes, avec le développement » paru dans Le monde diplomatique de mai 2001 - Pages 6 et 7.
Article de Serge Latouche, « Et la décroissance sauvera le Sud »... (paru dans Le Monde Diplomatique).
Article de Serge Latouche, « Exclusion et intégration de l’Afrique ».
Entretien de Serge Latouche dans le périodique CQFD, « La Fureur d’être pauvre ».
Article de S. Latouche, « L’antinomie du développement durable ».
L’INVENTION DE L’ECONOMIE COMME SPHERE DE REPRESENTATIONS AUTO-REFERENTIELLES. L’EPISTEMOLOGIE DE LA SCIENCE ECONOMIQUE.
L’invention de l’économie. La prégnance de l’économie sur la vie des hommes n’est pas plus à démontrer que leur morosité et leur souffrance. Comment s’est construit notre " imaginaire économique ", notre vision économique du monde ? Pourquoi voyons-nous aujourd’hui le monde à travers les prismes de l’utilité, du travail, de la compétition, de la concurrence et de la croissance sans fin ? Nous avons inventé la valeur-travail, la valeur-argent, la valeur-compétition, et construit un monde où rien n’a plus de valeur mais où tout possède un prix. Au fil d’une passionnante mise en perspective historico-économique, Serge Latouche revient aux origines de cette économie que les premiers économistes appelaient la " science sinistre ". Servi par une brillante érudition économique et philosophique, cet ouvrage montré la manière dont s’est façonnée notre obsession utilitariste et quantitative, et nous permet ainsi de porter un regard neuf sur notre monde. Le volume rassemble un certain nombre d’études qui ont pour objet l’histoire de la pensée économique. Parmi les thèmes abordés, mentionnons la construction de l’imaginaire de l’économie, l’anti-économie d’Aristote, l’élaboration des concepts de travail, d’ordre naturel et de luxe, l’évolution des rapports entre histoire et économie ainsi qu’entre politique et économie, les relations entre augustinisme et utilitarisme, etc.
- La Déraison de la raison économique : de l’efficacité au principe de précaution. La recherche de l’efficacité est parfois assassine. Trop d’obsession productiviste, rationnelle, rentable, organisatrice, conduit aux pires dérèglements, excès et délires. La vache folle dans l’assiette, le sang contaminé, transfusé pour des raisons d’efficacité, la vie étouffée dans les embouteillages monstres pour une quête effrénée de vitesse, le pétrole anéantissant une région sont autant de manifestations d’une raison économique devenue folle. Comment retrouver le raisonnable, la prudence, la sagesse, sans tomber dans des peurs irrationnelles et millénaristes ?
Serge Latouche, un des économistes les plus lus aujourd’hui, part à la recherche de la prudence, qui a toujours accompagné la raison en Grèce, en Afrique, en Inde et en Chine. Son érudition économique et philosophique, ses expériences africaines et européennes nous conduisent à renouer, au-delà de ce "principe de précaution" inventé par les Grecs, avec la véritable démocratie. L’auteur remet en question la notion de rationalité économique, telle que l’économie de marché et les tenants du libéralisme tentent de la mettre en oeuvre. Il souligne son échec patent dans le cas de l’Afrique et propose des voies alternatives qui tiennent compte des nombreux facteurs sociologiques sur lesquels elle fait l’impasse et qui nourissent les secteurs informels de l’économie. La tentative de réduire à des calculs de rendement et d’efficacité la complexité sociale est vouée à l’échec. Les six chapitres, issus de communications et d’articles, souffrent d’un certain décousu. On retrouve en annexe un texte sur la pensée économique de Karl Polanyi.
Critique de la raison économique : Introduction à la théorie des sites symboliques. La science économique présuppose qu’en tout lieu et en tout temps l’individu répond au même modèle de comportement rationnel, celui de l’Homo oeconomicus. C’est face à cette croyance scientifique que s’élève l’entreprise critique des auteurs ici réunis, qui proposent une démarche « économique » indisciplinée et signent la fin des mythes rationnels en économie. En tenant compte des multiples dimensions de l’action humaine, les contributions de cette oeuvre collective lancent les bases de l’approche plus ouverte sur les espaces vécus des acteurs de la société.
Décoloniser l’imaginaire : La Pensée créative contre l’économie de l’absurde. Promettre la richesse en produisant de la pauvreté est absurde. Le modèle occidental de développement est arrivé à un stade critique. Ses effets négatifs sur la plus grande partie de l’humanité et sur l’environnement sont évidents. Il est nécessaire de le freiner, de le ralentir, voire de l’arrêter avant que des luttes, des cataclysmes ou des guerres ne se déclenchent. Partout dans le monde apparaissent les îlots d’une nouvelle pensée créative qui aspire à une vie sociale et économique plus équilibrée et plus juste. Cette critique du développement bouscule nos certitudes et remet en question la pensée et la pratique économiques de l’Occident.
Justice sans limites : Le défi de l’éthique dans une économie mondialisée. En donnant à sa riposte aux attentats du 11 septembre le nom de code Enduring Justice ("Justice sans limites"), le gouvernement américain a mis le doigt, à son insu, sur l’un des problèmes fondamentaux de ce nouveau siècle : que signifie faire justice dans une économie mondialisée ? Aujourd’hui, l’échange social tend à être totalement absorbé par le trafic marchand. Le système économique, avec le renfort de la violence symbolique, a réussi à établir une fantastique domination imaginaire. Normalement, il n’aurait pas dû tenir face aux injustices criantes du monde, dont nombre de rapports statistiques annuels nous donnent la mesure. Et pourtant, contrairement aux prévisions de Marx, de Lénine, de Mao Tsé-tung, la révolution mondiale n’a pas eu lieu. La déconstruction du discours économique permet de mettre en évidence son amoralité, voire son immoralité. Tout souci de justice a été éliminé dans le fonctionnement de la société mondiale de marché. Le travail de décolonisation des esprits passe donc d’abord par la remise en cause d’une lecture exclusivement économique du monde. Après quoi il devient possible d’esquisser les traits de ce que pourrait être une société plus juste. C’est une gageure, mais c’est ce qu’exige la situation.
Article de S. Latouche, « La mondialisation contre l’éthique », in L’Ethique de l’espace politique mondial, Bruxelles, Bruylant, 1997.
Article de S. Latouche, « Misère de la mondialisation », in revue Agone, n°16 (repris dans Justice sans limites )
Article de S. Latouche, « La signification éthique du développement », Bulletin du MAUSS, n°24, 1987.
Article de S. Latouche, « Ethique et esprit scientifique », in revue L’homme et la société, n°84, 1987, 12.
Les raisons de la ruse : Une perspective anthropologique et psychanalytique. par Serge Latouche, Michael Singleton, et Collectif . Alors même qu’ils croient poursuivre seulement leurs propres intérêts et leur vouloir singulier, les hommes concourent, selon Hegel, à l’édification d’une société rationnelle. Telle est la fameuse " ruse de la Raison ", qui utiliserait la déraison pour se produire dans le monde. Nous ne pouvons plus être aussi optimistes, mais nous croyons encore que si une société rationnelle et juste pouvait advenir, seules devraient y régner la loi, la raison, la vérité et donc la sincérité. La ruse, le mensonge, la tromperie, la séduction, tout cela devrait disparaître ou, à la rigueur, ne subsister, à titre provisoire, que comme arme des faibles. Une arme pas trop digne... Cette vision rationaliste et moralisatrice a sa grandeur. Est-elle bien réaliste ? Pouvons-nous, devons-nous réellement sortir de ce qui a constitué la perspective anthropologique de la majeure partie de l’humanité, habituée à vivre depuis toujours dans le registre de l’ambivalence, de l’incertitude et du malentendu ? Vis-à-vis de nos proches, et d’abord de nous-mêmes, demandent ici les psychanalystes, une certaine duperie de soi, une part d’illusion, la ruse avec soi-même ne sont-elles pas les conditions indispensables à l’édification d’un monde humain vivable ? Ou encore, s’interrogent les philosophes, Mètis, déesse de la ruse, n’est-elle pas la pourvoyeuse première de la phronésis, la sagesse pratique ? C’est ce gigantesque continent enfoui de la ruse que font ici ressortir et renaître les anthropologues, psychanalystes et philosophes réunis dans un colloque organisé par le Laboratoire d’anthropologie prospective de l’université de Louvain-la-Neuve, qui, après échanges et discussions, nous font bénéficier du fruit de leurs réflexions.
Le procès de la science sociale, Anthropos, 1984. Réédité chez Economica en 1999, 220 pages. L’auteur y développe notamment son épistémologie de l’intertextualité.
Article de S. Latouche, « Le procès du “ Procès de la science sociale ” », in Les Cahiers de l’Association Charles Gide, 1987, vol.1
L’Economie dévoilée, du budget familial aux contraintes planétaires, Autrement, 1995, 199 pages. Une vingtaine d’articles qui initient aux aspects techniques du fonctionnement de l’économie et qui entendent aussi "démasquer ses mystères, mettre au jour les croyances sous-jacentes avec le risque de découvrir qu’une fois ses voiles arrachés le roi est nu" (avant-propos, p. 10).
Le projet marxiste, analyse économique et matérialisme historique, Puf, 1975.
Epistemologie et économie. Essai sur une anthropologie sociale freudo-maxiste, Editions Anhtropos, 1973. 583 pages. Dans ce premier essai l’auteur , économiste de formation , s’efforce de démasquer l’économie politique en s’appuyant sur le matérialisme historique , tout en questionnant le matérialisme historique lui-même sur ses présupposés .
Article de S. Latouche, « Epistémologie versus méthodologie économique », in La Revue du Mauss, n°10, 4e trimestre 1990.
Article de S. Latouche, « Le marché, l’agora et l’acropole. Se réapproprier le marché » ( paru dans la revue anarchiste Réfractions n°9, automne-hiver 2002.
Article de S. Latouche, « Marchands, non-marchand », Bulletin du MAUSS, n°7, 1983.
Article de S. Latouche, « La question de l’autonomie de l’économique », in Epistémologie de l’économique, Carnets des ateliers de recherche, n°6 Amiens, 1985.
- Article de S. Latouche, « Le rationnel et le raisonnable. Les antinomies du postulat métaphysique de la raison économique », Cahiers de recherche en sciences économiques de la faculté Jean Monnet, n°4, printemps 1992. Repris dans Problèmes économiques, 1-8 novembre 1995.
Article de S. Latouche, « La construction imaginaire de l’économique », Vie et sciences économiques, n°140-141, janvier-juin 1994.
Article de S. Latouche, « Utilitarisme noble et anti-utilitarisme des nobles, l’ambiguïté du duc de La Rochefoucauld », Revue du MAUSS, n°6, 2è semestre 1995.
Article de S. Latouche, « La monnaie au secours du social ou le social au secours de la monnaie : les SEL et l’informel », Revue du MAUSS, n°9, 1er semestre 1997.
CRITIQUE DU PROGRES ET DE LA RAISON TECHNOSCIENTIFIQUE.
La Mégamachine : Raison technoscientifique, raison économique et mythe du progrès, La Découverte-MAUSS, Paris, 1995. " La plus extraordinaire machine jamais inventée et construite par l’homme n’est autre que l’organisation sociale. Sous l’égide de la main invisible, techniques sociales et politiques d’une part - de la persuasion clandestine publicitaire au viol des foules par la propagande, démultipliées par les autoroutes de l’information -, techniques économiques et productives d’autre part - du fordisme au toyotisme, de la robotique à la biotechnologie - s’échangent, fusionnent, s’interpénètrent. " Elles s’articulent désormais en un gigantesque réseau mondial mis en œuvre par des firmes et des entités transnationales qui soumettent États, partis, sectes, syndicats, ONG, etc. L’emprise de la rationalité technoscientifique et économique donne à l’ensemble une ampleur inédite et en fait une "Mégamachine" jamais vue dans l’histoire des hommes. Sur le thème de l’unité et de la diversité de la Mégamachine planétaire, ce livre rassemble des essais qui s’inscrivent dans le cadre du grand débat contemporain sur le statut de la technique. "
Ainsi se présentait, il y a dix ans, cet ouvrage devenu introuvable et que beaucoup tiennent pour prophétique. C’est à lui que renvoient nombre des débats qui font rage aujourd’hui dans le monde entier autour du thème de la " décroissance " : si le progrès et la croissance sont insoutenables et mortifères, n’est-il pas grand temps d’amorcer une " décroissance conviviale " ? Dernière chance avant l’apocalypse ?
Article de S. Latouche, « L’efficacité raisonnable et le piège de l’efficience rationnelle », in revue Economie et Humanisme, n°347, décembre 1988-janvier 1989. Repris dans la revue éclogiste Silence, n°246-247, juillet-août 1999.
Article de S. Latouche, « Le raisonnable contre le rationnel : contribution à la critique de la tyrannie de l’esprit de géométrie », Les Cahiers du Groupe Epistémologique des Cindyniques n°4, janvier 1998.
Article de S. Latouche, « Les illusions de la techno-démocratie de marché mondialisée ».
ARTICLES PARUS DANS LA PRESSE.
On retrouvera de nombreux articles sur cette page du site de La Ligne d’Horizon.