
PLANETE OBJECTEURS DE CROISSANCE.
Objectif Décroissance . « La crise écologique est avant tout le révélateur de l’impasse politique, culturelle, philosophique et spirituelle dans laquelle s’enfonce notre civilisation. La guerre que livrent nos sociétés " modernes " à la Terre est le reflet de la guerre que livre l’humain des pays riches à sa conscience. Conditionné par l’idéologie de consommation, prisonnier d’une foi aveugle en la science, notre monde cherche une réponse qui ne contrarierait pas son désir exponentiel d’objets et de services, tout en ayant bonne conscience. Le concept éthique de " développement durable " a répondu à point à cette attente. Ce terme doit désormais rejoindre sa place, c’est-à-dire le rayon des tartes à la crème. Chaque fois que nous apportons une réponse inadaptée à un problème, nous l’amplifions globalement, même si nous avons l’illusion de le soulager sur l’instant. Si les solutions techniques sont importantes, notre devoir est de les conditionner à nos choix démocratiques. La décroissance soutenable et conviviale ne permet pas de tricher. Elle nous impose de regarder la réalité en face, et d’exister dans toutes nos dimensions pour avoir la capacité d’affronter le réel et de traiter les problèmes. Face aux discours mortifères de marchandisation du monde, de bestialisation de nos existences et de soumission aux idéologies dominantes, notre planète nous renvoie continuellement à une réflexion sur notre condition humaine ». (Vincent Cheynet). Voici la contribution en ligne de Serge Latouche à cet ouvrage intitutlée « La décroissance, le préalable et non pas l’obstacle à une société conviviale ».. Pour une recension critique de certaines des contributions à cet ouvrage collectif, on peut voir la communication de Catherine Tarral à la Ligne d’Horizon : « François Partant et la décroissance ».
Nicolas Georgescu-Roegen, La Décroissance : Entropie, écologie, économie . Le texte entièrement en ligne en fichier word ou pdf. « Ce livre est un recueil de textes des années 70 qui vient à point dans le débat sur le développement durable. L’auteur applique à l’économie la deuxième loi de la thermodynamique. Celle-ci affirme que dans un système clos l’énergie transformable en travail mécanique ne peut que diminuer, le désordre ne peut qu’augmenter. Nicholas Georgescu-Roegen transpose cette loi physique à la terre et à l’activité humaine pour déraciner la vision mécaniste, ancrée chez les économistes de toutes les tendances, d’une activité économique conçue comme un cycle fermé sans pertes, voire capable de créer plus de richesses qu’il n’en consomme. Pour l’auteur, l’activité humaine ne peut que dégrader notre environnement, consommer irrémédiablement les matières premières, bref augmenter l’entropie, le désordre du système terre. Même si, bien sûr, il n’emploie pas le mot, il n’existe pas de développement durable pour Nicholas Georgescu-Roegen. L’idée d’un recyclage total aboutissant à une non-consommation globale de matières premières et d’énergie est une entropie contraire aux lois physiques : comment ramasser la gomme des pneus des voitures répandue sur les routes pour en faire du caoutchouc ? L’espèce humaine et le système terre n’échapperont pas aux lois générales de la physique : ce sont des systèmes qui naissent, se développent et meurent quand ils ont dégradé l’entropie disponible. Un point de vue dérangeant et convaincant qui n’a pas bien sûr pour finalité de justifier la poursuite des gaspillages actuels. L’auteur était un écologiste avant l’heure, mais qui peut nous éviter de nous donner à nouveau des objectifs utopiques débouchant une fois encore sur des pratiques totalitaires » (Futuribles). La pensée économique occidentale néglige les dimensions biogéophysiques de l’activité humaine et nie l’existence de la biosphère. En rapprochant entropie et économie, l’auteur, éminent professeur de mathématiques et d’économie aux États-Unis, a dévoilé une vérité proprement écologique : le développement ne saurait se poursuivre sans une restructuration et une réorientation radicales de l’économie. Le chapitre de l’ouvrage, « Bioéconomie et biosphère » en ligne. François Lafond du ROCADe a également écrit une synthèse en ligne de cet ouvrage.
Serge Latouche, L’invention de l’économie . La prégnance de l’économie sur la vie des hommes n’est pas plus à démontrer que leur morosité et leur souffrance. Comment s’est construit notre " imaginaire économique ", notre vision économique du monde ? Pourquoi voyons-nous aujourd’hui le monde à travers les prismes de l’utilité, du travail, de la compétition, de la concurrence et de la croissance sans fin ? Nous avons inventé la valeur-travail, la valeur-argent, la valeur-compétition, et construit un monde où rien n’a plus de valeur mais où tout possède un prix. Au fil d’une passionnante mise en perspective historico-économique, Serge Latouche revient aux origines de cette économie que les premiers économistes appelaient la " science sinistre ". Servi par une brillante érudition économique et philosophique, cet ouvrage montré la manière dont s’est façonnée notre obsession utilitariste et quantitative, et nous permet ainsi de porter un regard neuf sur notre monde.
Ivan Illich, La Convivialité . « L’analyse critique de la société industrielle doit beaucoup à Ivan Illich. Il est l’un des premiers à avoir dénoncé le productivisme, le culte de la croissance, l’apologie de la consommation et toutes les formes d’aliénation nées du mode de production capitaliste. La Convivialité montre comment l’organisation de la société tend à produire des consommateurs passifs, qui ont délégué aux institutions le pouvoir de décider et renoncé à assumer la responsabilité des orientations de leur société. Cette analyse critique se transforme en un manifeste. Il s’agit de réveiller politiquement les citoyens endormis, afin qu’ils se réapproprient leur destin. Toutefois, cette reconquête suppose que les individus se détournent des seules possessions matérielles au profit de la redécouverte d’autrui et de la pratique du dialogue social. Seul l’apprentissage de la convivialité permettra, par la rencontre et l’échange, de renouer les fils de la communauté et de lui redonner la maîtrise de son avenir et de ses choix » (Paul Klein). Ivan Illich amplifie et radicalise sa critique de la société industrielle. Il ne vise plus une institution particulière (école, santé, transports), mais l’organisation globale. Il dénonce la servitude née du mode industriel de production, le gigantisme des outils, le culte de la croissance indéfinie et de la réussite matérielle. L’homme va-t-il réclamer son droit, reprendre la parole et le pouvoir de décider, rouvrir un espace social de rencontres et d’échanges, se souvenir qu’il a un passé, des voisins, des égaux ? Ce n’est que par la redécouverte de la convivialité que les sociétés s’humaniseront. Quelques extraits en français. L’ouvrage entièrement en ligne (en anglais).
Serge Latouche, Décoloniser l’imaginaire. La pensée créative contre l’économie de l’absurde . Edition Parangon. Promettre la richesse en produisant de la pauvreté est absurde. Le modèle occidental de développement est arrivé à un stade critique. Ses effets négatifs sur la plus grande partie de l’humanité et sur l’environnement sont évidents. Il est nécessaire de le freiner, de le ralentir, voire de l’arrêter avant que des luttes, des cataclysmes ou des guerres ne se déclenchent. Partout dans le monde apparaissent les îlots d’une nouvelle pensée créative qui aspire à une vie sociale et économique plus équilibrée et plus juste. Cette critique du développement bouscule nos certitudes et remet en question la pensée et la pratique économiques de l’Occident. L’intervention de S. Latouche à l’UNESCO sur la décolonisation de l’imaginaire.
La Planète Uniforme de Serge Latouche. Slogan à la mode, la mondialisation désigne une extension sans précédent des marchés. On y retrouve, derrière des apparences nouvelles, des logiques et tendances fort anciennes, rajeunies par l’émergence de techniques spectaculaires telles les autoroutes de l’information : l’occidentalisation et l’uniformisation planétaires. Afin de prendre la mesure des défis auxquels est confrontée l’humanité à l’aube du XXIème siècle, l’auteur s’interroge ici sur la nature ambivalente de l’acteur clef de cette évolution : l’Occident. Une présentation aussi simple et claire que possible des dynamiques économique, sociale et culturelle en cours est donnée ici. Serge Latouche procède à une analyse des ratés et des échecs de ce processus et s’interroge sur l’issue possible aux impasses de la modernité, afin de permettre à chacun de se faire une opinion et d’agir en citoyen conséquent. Au-delà du pessimisme du constat présent, le livre s’achève sur un message d’espoir raisonné.
Jean-Paul Besset, Comment ne plus être progressiste sans devenir réactionnaire . Le progrès a fait des merveilles. Avec, en un siècle, trois fois plus d’habitants sur la planète, vingt fois plus de richesses produites, trente fois plus d’énergie consommée... Jusqu’à irréparable ? Car l’exploit a un revers. Les ressources naturelles s’épuisent, les équilibres qui garantissent la vie chancellent, la crise du vivant précipite la faillite de l’humain : notre espèce elle-même est menacée.
Nous ne savons pas remplacer la nature. Mais, éblouis par la mystique progressiste, nous faisons comme si nous pouvions nous en passer. Or, en dépit de ce que nous ont enseigné la plupart des penseurs de ce temps, libéraux ou marxistes, l’homme n’est pas étranger à la nature. La croissance infinie des biens et des services qui fonde le développement de nos sociétés est impossible. Ou, si l’on préfère, suicidaire. Elle est incompatible avec la stabilité de la biosphère et inaccessible à l’essentiel de la population mondiale. Elle ne sautait donc tenir lieu de projet de civilisation. L’humanité a atteint le bout ultime de la voie progressiste qu’elle a empruntée au début de la modernité. Un autre âge peut s’ouvrir qui permette d’échapper à la logique du "si tu n’es pas progressiste, tu es donc réactionnaire" : des alternatives existent.
Jean-Luc Besson-Girard, Decrescendo cantabile. Pour une décroissance harmonique. L’idée de décroissance fait peur. Il y a donc lieu de proposer une dimension désirable à sa nécessité, pressentie par une part grandissante de l’opinion, consciente de l’impossibilité à soutenir la chimère d’une croissance infinie sur une planète aux ressources limitées. Si le mot " civilisation " a pu offrir l’illusion d’une perspective d’humanisation de notre espèce, il n’est plus possible de l’employer pour nommer une opération dont l’objectif semble se confondre avec une déshumanisation générale. Vouloir abolir la décivilisation mercantile qui nous conduit à l’abîme demande d’en comprendre la généalogie, en renonçant à l’idée de progrès comme viatique d’une telle démarche. Décroître pour embellir est devenu l’impératif catégorique de la survie de l’espèce humaine, croître et enlaidir étant désormais synonymes de sa disparition annoncée. Jean-Claude Besson-Girard est peintre. Il a théorisé et pratiqué la décroissance en animant une communauté paysanne dans les années soixante-dix. Ce livre fait le point actuel de son combat pour la décroissance.
Pierre Thuillier, La Grande Implosion. Pourquoi les Occidentaux n’ont-ils pas vu venir la catastrophe ? Pourquoi ont-ils méprisé les avertissements ? Etait-il donc fatal que le monde dit civilisé tombât dans une telle torpeur spirituelle à la fin du XXème siècle et finît par se donner la mort entre 1999 et 2002, lors de ce qu’il est aujourd’hui convenu d’appeler la Grande Implosion ? Quatre années durant, notre Groupe de recherche sur la fin de la culture occidentale a enquêté et réfléchi. Près d’un siècle après l’issue fatale, nous livrons au public les principales conclusions auxquelles nous sommes provisoirement parvenus. Un entretien de Pierre thuillier sur son ouvrage : une fois sur le site du « Portail de l’écologie », taper « Textes et auteurs » sur le bandeau de droite.
Bernard Charbonneau, Prométhée réenchaîné . « Depuis que ce livre fut écrit vers 1960-1970, les temps ont une fois de plus changé. Le mur qui séparait notre monde en deux hémisphères Est-Ouest s’est écroulé. Et la révolte semble maintenant avoir perdu l’espoir de la. révolution qui ferait triompher toute la liberté, pour tous, sur Terre. Prométhée perdrait-il ses illusions ? Ne serait-il pas quelque part entre mer Noire et Caspienne de Caucase, où Zeus l’aurait hier enchaîné ? Prométhée se retrouve non pas libre mais seul sur Terre, où, pour tuer le temps, "il trafique et bricole atomes et gènes". Et faute de mieux, hanté par son vieux mythe, il se fabrique un Caucase de carton-pâte sur lequel il se hisse, lance ses pétards et gesticule pour s’épater lui-même. Zeus n’est plus à Rome ni à Moscou. Il s’est absenté, bien au-delà de notre banlieue galactique, derrière la courbure de l’univers, au-delà du temps et du big-bang originel... Rien d’autre qu’une scène au décor peint où Prométhée vainement s’agite. Rien d’autre qu’un ciel vide où, à des milliards d’années-lumière, brillent des atomes chimiques... Rien... que du fer, du silicium... Nul sens, les innombrables et invisibles tentacules d’une nécessité ou d’un hasard innommables, dont la conscience se révèle captive de toutes parts. Rien de vrai, donc de faux ; seulement des chaînes. Le bloc d’un néant où la liberté est pétrifiée. Seulement le fait, dénombré, quantifié : la science... Même plus de vautour... Zeus s’est absenté, reste sa foudre. » (Bernard Charbonneau.) La biographie et la bibliographie complète de Charbonneau.
Bernard Chabonneau, Le Festin de Tantale . Bien au-delà de l’engouement actuel pour le bio, la diététique ou la gastronomie, Bernard Charbonneau rappelle dans cet ouvrage l’enjeu fondamental de la nourriture : "Nous sommes ce que nous mangeons." Or, aujourd’hui, la mauvaise nourriture chasse la bonne, l’agriculture humaine a cédé la place à une agriculture industrielle. Les supermarchés regorgent de produits alimentaires fabriqués en série, qui ont perdu la saveur, la fraîcheur et la diversité des nourritures issues de la terre. Confronté à ce paradoxe par lequel une surabondance de quantité s’accompagne d’une disette de qualité, le consommateur est à l’image de Tantale, voué selon la légende à une faim et une soif insatiables. Retraçant sous la forme originale d’un repas l’histoire de l’alimentation humaine, l’auteur marie avec bonheur l’essai philosophique et le pamphlet. Il montre comment a été délibérément mise en place une politique agricole et alimentaire faisant la part belle aux pressions des groupes industriels et financiers et esquisse les bases d’une politique nourricière fondée sur une éthique du goût et de la qualité. —Myriam Goldminc
Jean-Claude Michéa, Impasse Adam Smith. De l’impossibilité de dépasser le capitalisme sur sa gauche. « Ce qu’on appelle, de nos jours encore, la Gauche, s’abreuve exactement à la même source philosophique que le liberalisme moderne - en sorte, par exemple, qu’il n’y aurait aucune absurdité de principe à soutenir que Turgot et Adam Smith étaient déjà des hommes de Gauche. C’est précisément l’existence de cette matrice originelle, commune à la pensée de Gauche et au Libéralisme des Lumières, qui explique, selon moi, que les raisons qui ont toujours conduit, la première à valider l’esprit du second sur l’essentiel, quand bien même il lui est assez souvent arrivé (et il lui arrivera encore) de vouloir l’amender (ou le réguler) sur tel ou tel point de détail particulier, ne tiennent pas d’abord à la psychologie singulière de la plupart de ses chefs (leur amour caractéristique du pouvoir et le sens de la trahison qu’il implique). Ces raisons sont fondamentalement « ontologiques », c’est à dire qu’elles tiennent à l’être et à la nature de la Gauche elle même. De ce point de vue, l’idée d’un anticapitalisme de Gauche (ou d’extrême Gauche), apparaît aussi improbable que celle d’un catholicisme renouvelé, ou “refondé”, qui ferait l’impasse sur la nature divine du Christ et l’immortalité de l’âme. Ce sont donc, en réalité, les exigences mêmes du combat contre l’utopie liberale et la société de classes renforcée qu’elle engendre inévitablement (j’entends simplement par là un type de société où la richesse et le pouvoir indécents des uns ont pour condition majeure l’exploitation et le mépris des autres) qui rendent à présent politiquement indispensable une rupture radicale avec tous les paradigmes métaphysiques de la Gauche historiquement constituée. Je comprends parfaitement que l’idée d’une telle rupture puisse poser à beaucoup de graves problemes psychologiques, car la Gauche est avant tout une religion de substitut (la religion du “Progrès”) et l’on sait bien que toute religion a pour fonction première de conferer une identité à ses fidèles et de leur assurer la paix avec eux mêmes. J’imagine même sans difficulté que de nombreux lecteurs tiendront cette manière de distinguer radicalement le projet philosophique du Socialisme aux differents programmes de la Gauche et de l’Extrême Gauche, pour un paradoxe inutile voire pour une provocation aberrante et dangereuse de nature à faire le jeu de tous les ennemis du genre humain. J’estime, au contraire, que cette manière de voir est la seule qui permette d’éclairer ces défaites et échecs historiques à répetition demeurés en partie obscurs, dans le siècle qui vient de s’écouler (et qui visiblement le demeurent encore pour beaucoup dans l’étrange situation qui est la nôtre). De toute façon, c’est à peu près la seule possibilité non explorée qui nous reste si nous voulons réellement aider l’humanité à sortir enfin de l’impasse Adam Smith. » Plus d’informations. Le point de vue d’Arnaud Spire dans L’Humanité.
Jean-Claude Michéa, Orwell éducateur , Climats. Orwell Junction est le second essai que Jean-Claude Michéa consacre à l’auteur de 1984. Mais il s’agit moins ici d’un portrait intellectuel que d’un approfondissement des pistes théoriques laissées par l’écrivain anglais dans ses essais critiques. L’anticapitalisme et l’anti-modernisme d’Orwell, sans lesquels la complexité réelle de sa philosophie politique demeure parfaitement insaisissable, sont en effet toujours aussi mal perçus. L’auteur approfondit ici le concept central de l’œuvre politique de George Orwell, la common decency( décence ordinaire), expression d’un refus philosophique du rôle prépondérant joué par l’amoralité dans l’imaginaire des sociétés industrielles modernes. Mais Orwell Junction est aussi le récit de la genèse même de l’amoralité fondamentale du catéchisme libéral. Jean- Claude Michéa démontre non seulement que la critique orwellienne des théologies du progrès est plus actuelle que jamais, mais prolonge cette critique d’une manière radicalement innovante.
Matthieu Amiech et Julien Mattern, Le Cauchemar de Don Quichotte. Sur l’impuissance de la jeunesse d’aujourd’hui . Les économistes disant s’opposer frontalement au capitalisme ne peuvent en réalité s’empêcher d’être fascinés par ce que ce mode de production et de vie a fait accomplir aux hommes : la mise en valeur économique du monde. De ce processus, ils admettent l’essentiel : la dépendance quasi-totale de chacun vis-à-vis de l’appareil de production industriel moderne. La plupart sont incapables de se représenter le temps autrement que sous les catégories du travail ou de la consommation, c’est-à-dire de la nécessité : nécessité naturelle de survivre dans la pénurie, ou nécessité artificielle de suivre le rythme insensé du développement industriel. Mais l’entêtement de quelques économistes n’explique pas à lui seul l’impuissance de la jeunesse contestataire : il faut expliquer pour quelles raisons notre génération, celle des vingt-trente ans, se révèle, lorsqu’elle parvient à s’extraire de sa profonde apathie, à ce point réceptive à leur optimisme sans frein et à leurs illusoires solutions. Ne critiquant la société que du bout des lèvres tout en manifestant bien sûr bruyamment, la fraction politisée de notre génération rêve de développement économique citoyen et de socialisation des richesses. Dépourvue de mémoire historique, profondément consensuelle, prisonnière de l’idéologie progressiste, elle peine à comprendre que les pseudo nouvelles libertés qui lui sont vendues cachent en fait une coercition sociale toujours plus grande. Ceux qui sont nés à partir du début des années soixante-dix devront bien comprendre que des conditions matérielles d’existence censées être de plus en plus libératrices ne font en fait qu’engendrer toujours plus de domination et de souffrance. La flexibilité n’est pas la liberté ; l’hédonisme et la consommation culturelle de masse, non plus.
Serge Latouche, Justice sans Limites . Les Notes de lecture de Philippe Coutant sur cet ouvrage. En donnant à sa riposte aux attentats du 11 septembre le nom de code Enduring Justice ("Justice sans limites"), le gouvernement américain a mis le doigt, à son insu, sur l’un des problèmes fondamentaux de ce nouveau siècle : que signifie faire justice dans une économie mondialisée ? Aujourd’hui, l’échange social tend à être totalement absorbé par le trafic marchand. Le système économique, avec le renfort de la violence symbolique, a réussi à établir une fantastique domination imaginaire. Normalement, il n’aurait pas dû tenir face aux injustices criantes du monde, dont nombre de rapports statistiques annuels nous donnent la mesure. Et pourtant, contrairement aux prévisions de Marx, de Lénine, de Mao Tsé-tung, la révolution mondiale n’a pas eu lieu. La déconstruction du discours économique permet de mettre en évidence son amoralité, voire son immoralité. Tout souci de justice a été éliminé dans le fonctionnement de la société mondiale de marché. Le travail de décolonisation des esprits passe donc d’abord par la remise en cause d’une lecture exclusivement économique du monde. Après quoi il devient possible d’esquisser les traits de ce que pourrait être une société plus juste. C’est une gageure, mais c’est ce qu’exige la situation.
Paul Ariès, Pour sauver la Terre : l’espèce humaine doit-elle disparaître ? De l’humanisme à l’humanicide : les délires terroristes des néo-malthusiens . Le nouvel ordre mondial est souvent synonyme de régression : régression sociale, politique, culturelle mais aussi psychique. L’auteur spécialiste des sectes dénonce ces groupes qui veulent chasser l’humain dans l’homme au nom de la toute-puissance et du culte du surhomme. Leur but est toujours le même : faire tomber l’homme de son piédestal. Faut-il s’étonner que certains fantasment d’aller encore plus loin ? Doit-on pour sauver Gaia supprimer tout ou partie de l’espèce humaine ? L’Eglise d’Euthanasia reconnue comme religion aux Etats-Unis prône notamment le suicide de masse pour réduire la population mondiale, le Mouvement pour l’Extinction Volontaire de l’Espèce Humaine (VHEMT) propose lui d’agir pour une extinction douce de l’humanité. D’autres " ultras " n’excluent, eux, aucun moyen violent ou coercitif. Paul Ariès montre les liaisons dangereuses qui s’établissent entre ces rentiers du Révérend Malthus qui jouent des peurs du nombre et les " ultras " de la non-procréation (" childfree ") ou du suicide de masse considéré comme un acte sacré qui doit être encouragé et aidé. Un voyage précis au cœur d’une dizaine de groupes loin d’être marginaux, une dénonciation de toute rencontre entre l’ultra-gauche et l’ultra-droite. Paul Aries dénonce ce retour massif d’un néo-malthusianisme qui élargit la haine des pauvres à celle de tous les humains vivants ou à narre. Il montre la perversion actuelle des combats légitimes en faveur du droit des femmes et des couples à maîtriser leur fécondité et leur sexualité.
Paul Ariès, Décroissance ou barbarie , Golias, 2005. Dans cet ouvrage, Paul ARIES montre en quoi notre civilisation succombe aujourd’hui à plusieurs aires : un effondrement environnemental, social, politique, humain et symbolique. La seule alternance crédible passe par l’acceptation des limites physiques de la Terre, mais aussi de nos propres limites humaines. Il faut en finir avec le culte de la toute-puissance ou de la vitesse. Les chemins de la décroissance sont nombreux : simplicité volontaire, relocalisation généralisée, réapprentissage de la gratuité, de la nature, réinvestissment de nos corps, de l’espace, du temps, etc. La décroissance est au-delà de l’urgence environnementale un combat pour d’autres valeurs. La décroissance est une nouvelle pensée politique qui bouscule le paysage idéologique actuel. 20% des humains consomment 80% des ressources et il faudrait quatre "Terres" si nous devions tous vivre selon le modèle de consommation occidentale. La question du partage devient donc essentielle. Il ne suffira pas cependant de partager autrement le même gâteau. Il faudra aussi changer de recette... Pour une recension critique de cet ouvrage on peut consulter « Accords et désaccords autour de l’ouvrage Décroissance ou barbarie de Paul Ariès ».
Eric Le Lann, Progrès et décroissance . « Se conduire en citoyens responsables, c’est opposer à la mondialisation fondée sur le profit un universalisme fondée sur la commune appartenance de l’humanité ". Telle était l’invitation de Fode Sylla quand il lançait l’appel à remplacer le Joola, qui sombre en 2002 au Sénégal. C’est dans cet esprit que le livre Progrès et décroissance évoque la question majeure de la politique face au changement climatique et deux notions qui émergent du débat d’idée : la décroissance comme alternative aux ambiguïtés de la notion de développement durable ; les biens publics à l’échelle mondiale. L’ouvrage donne aussi la parole à des personnalités qui agissent au quotidien pour un monde meilleur et fournit les coordonnées d’associations réfléchissant aux enjeux du monde actuel ».
Jean-Pierre Tertrais, Du Développement à la décroissance (Fédération Anarchiste). La planète a longtemps été prodigue de ressources naturelles. L’être humain a atteint un impressionnant niveau de connaissances scientifiques et de réalisations techniques. Mais ce développement compromet maintenant l’avenir des générations futures. Le capitalisme est en train de programmer le désastre qui accablera nos petits-enfants. Alors que beaucoup ne soupçonnent encore ni la nature profonde ni l’ampleur du "développement", cette notion touche déjà à sa fin. C’est en effet sur ses ruines que certains envisagent de construire une " autre " société. La convergence entre les nombreux problèmes (économiques, sociaux, écologiques, culturels, politiques) qui se posent depuis plusieurs décennies a conduit à la naissance d’un courant de pensée qui privilégie la critique de cette notion de développement. Mais, aujourd’hui, de nombreux théoriciens de la " décroissance " abordent la question de la "sortie" du développement en passant sous silence la nécessité d’en finir avec le capitalisme. Pourtant, le capitalisme, voué à une croissance continue, est un mouvement historiquement suicidaire qui entraînera inexorablement l’ensemble de l’humanité dans sa chute. Pour survivre ou se développer, celui-ci ne peut échapper à la croissance. Cela implique qu’il est impossible de réguler ce système. Ce qui exclut d’emblée toute stratégie de décroissance réformiste. Cependant la seule élimination du capitalisme ne saurait suffire, car l’Etat peut très bien mettre en place une conception centralisée de la production d’énergies "propres", L’Etat, selon ses thuriféraires, est supposé être garant de " l’intérêt général ". Or, le système politique et économique actuel est à la fois autoritaire et inégalitaire. L’Etat défend donc en réalité les intérêts de ceux qui possèdent, et de ceux qui dirigent politiquement la société. Pour vivre libres, les individus socialement organisés devront donc également le faire disparaître. La dépendance qui nous lie à la nature est aussi fondamentale que le " contrat social ". La conscience révolutionnaire est donc nécessairement à la convergence de la conscience politique et de la conscience écologique. Il s’agit ici d’accomplir une double révolution. Si la perspective révolutionnaire paraît lointaine, il n’en reste pas moins qu’elle constitue la seule solution à l’impasse du capitalisme. En effet, seule une société égalitaire, où les individus décideraient collectivement de ce qu’ils souhaitent en faire, pourrait préserver les chances des générations futures de vivre décemment. Les politiciens et les hommes d’affaires n’ont que le pouvoir qu’on veut bien leur accorder. L’ouvrage est accessible en ligne dans sa version espagnole.
Pierre Rabhi et Nicolas Hulot, Graines du possible. Regards croisés sur l’écologie. A priori, on ne peut pas être plus différent : entre le Saharien frugal à la voix douce et le baroudeur médiatique habitué aux coups de gueule, il semble qu’il n’y ait aucun point commun. Or Pierre Rabhi et Nicolas Hulot partagent une passion dont on s’étonne qu’elle ne soit pas plus répandue : celle de la planète sur laquelle nous vivons. Venus à l’écologie par des chemins aussi différents que leurs itinéraires personnels, ils se sont rencontrés en 2001 et le courant est passé immédiatement entre deux consciences habitées par la même aspiration. Au fil de ce dialogue passionné et passionnant, Pierre et Nicolas, parcourant des domaines aussi variés que la science, la politique, l’éducation ou la religion, se questionnent sur notre relation à la nature et sur le sens que nous donnons à la vie. Devant la spirale infernale du productivisme et de la surconsommation et devant l’épuisement accéléré des ressources de la planète, ils nous invitent à réfléchir aux menaces qui pèsent sur l’avenir de l’humanité et à prendre conscience de nos responsabilités. Sur certaines questions, l’accord est parfait. Sur d’autres, des désaccords se font jour : alors que Pierre Rabhi, l’écologiste utopique, ne voit pas d’autre alternative que la décroissance soutenable, Nicolas Hulot, le " pragmatique ", plaide plutôt en faveur d’un développement durable. Au-delà des spécificités de chacun, leur échange nous rappelle aux évidences et à l’essentiel, aux valeurs de la beauté et de la sobriété, de la compassion et de la solidarité pour réenchanter notre monde et honorer la vie.