
RELOCALISER l’ECONOMIE ET LE VIVRE ENSEMBLE.
Bernard Charbonneau, Sauver nos régions. Ecologie et sociétés locales . Voici un cri d’alarme : nos terroirs, nos cantons, nos villes et villages, nos cultures et sociétés locales sont en danger de mort. L’organisation politique et économique centralisée et standardisée tend non seulement à détruire la nature mais aussi à effacer toute différence sociale ou personnelle. La revendication " indépendantiste " ou " autonomiste " qui s’exprime en Bretagne, au Pays Basque, en Occitanie en Corse ou dans d’autres régions d’Europe, aboutit le plus souvent à une impasse. Ce livre montre comment le mouvement écologique et le régionalisme sont intimement liés et doivent se fédérer car ils poursuivent le même but : rétablir des sociétés locales vivantes, liées à leur milieu naturel où le citoyen retrouvera le bonheur parce quil pourra se réconcilier avec sa terre et vivre sa liberté dans un cadre à sa taille. De la planète au canton, l’écologie pense globalement et agit localement : elle peut " sauver nos régions ".
Bernard Charbonneau, Le Jardin de Babylone . Bernard Charbonneau (1910-1996) est pour le moins un esprit libre, combatif, indépendant. Pas étonnant alors de ne pas le trouver dans les bibliographies des innombrables études consacrées à l’urbanisation : ses propos dérangent et sont volontairement urbanistiquement incorrects. A l’origine de cet essai, un article pour la revue Esprit, “Le sentiment de la nature, force révolutionnaire”, puis, au lendemain de la guerre, un court texte, Pan se meurt, et enfin, quelques décennies plus tard, ce livre dénonciateur, prémonitoire et militant. Proche de Jacques Ellul (il collabore à Réforme et à Foi et Vie), avec qui il partage l’analyse de la société technicienne et la dénonciation de l’idéologie du "progrès pour le progrès", théoricien d’une écologie politique humaniste (il tient une rubrique régulière dans La Gueule ouverte), il étudie, de livre en livre /1, les principales mutations du monde industriel : l’organisation du travail, la place des loisirs et leur marchandisation inéluctable, les transformations des territoires avec l’industrialisation de l’agriculture et la généralisation de la mal-bouffe imposée par l’agro-alimentaire, la tyrannie de l’automobile et l’étalement de la ville, etc. Mais c’est autour de l’idée de "nature" que se structure son oeuvre. Comment et pourquoi celle-ci subit-elle une mort programmée ? Quel aveuglement tenace empêche les hommes de réagir ? Ce “sentiment de la nature”, selon l’auteur, est en germe dans le christianisme ; c’est parce qu’avec lui le cosmos devient nature que l’individu libre y cherche les marques de sa personnalité. “Il y a bien un rapport entre la nature et la liberté, seulement, prévient Bernard Charbonneau, c’est un rapport paradoxal.” En effet, en s’appropriant la nature par les techniques qu’il ne cesse de mettre au point, l’homme se rend de plus en plus étranger à elle et par conséquent à lui-même. “Il n’y a plus de nature, sinon au coeur de l’homme”, constate, quelque peu amer, l’auteur, qui ajoute : “Il reste à notre force de choisir des bornes que nous imposait autrefois notre faiblesse.” Ainsi, la planétarisation de l’économie développementiste saccage-t-elle irrémédiablement la nature - qui ne trouve un refuge que dans l’imaginaire de cette société technicienne - et opte-elle pour un déploiement ininterrompu des innovations. Or, le progrès a un prix. Celui-ci n’est pas qu’économique, il est aussi environnemental et culturel. La rupture sociétale date, en gros, de l’après-Seconde Guerre mondiale, c’est à ce moment-là que l’industrie conquiert le monde entier et que l’urbanisation s’accélère. Cette urbanisation détruit la ville en produisant un urbain éparpillé, une vaste banlieue infinie... "Peut-être est-ce du jour où il n’y a plus de ville, s’interroge Bernard Charbonneau, qu’il y a un urbanisme : faute d’y vivre, on en rêve." Plus loin, il note : "Le contenant prolifère, mais il n’a pas de contenu." Autre manière de dire que la ville appartient à un certain type de civilisation, que sa taille - géographique et démographique - est décisive dans l’éclosion de ses valeurs civilisationnelles et que ces mégalopolis difformes ne peuvent guère sécréter autre chose que des "non-sociétés" ("La banlieue d’habitation est le domaine du logement en soi"). La diffusion de l’urbain sur l’ensemble des territoires provoque à la fois la "fin du paysage", la perte de nombreux repères partagés et l’isolement de l’individu. "La grande ville actuelle, remarque Bernard Charbonneau, aboutit à un type d’hommes où se disjoignent à l’extrême la pensée et le comportement." Le monde entier souffre d’"urbanite", partout les aménageurs, au nom de la rationalité, de l’efficacité, du confort ( !), lancent leur armada de bulldozers et redessinent la "nature" définitivement dé-naturée... Pendant ce temps, le citadin se fait touriste et exige les mêmes conditions d’accueil au sommet des Alpes, au coeur des déserts, au bord de la mer. Les lieux de vacances adoptent les normes des centres d’attractions... Pendant ce temps, le citadin se fait consommateur et veille à ce que les produits qu’il achète dans des supermarchés soient bien "naturels", "traditionnels", "du terroir", bref "authentiques". Le simulacre l’emporte alors et la copie est préférée à l’original. A cette dé-naturalisation équivoque se combine une dé-culturation acceptée, comme preuve même de l’homogénéisation de l’Humanité... Mais pour quelles raisons perverses l’humain adhère-t-il à des tendances économiques, politiques, idéologiques, etc., qui, de fait, favorisent davantage l’inhabitabilité du monde ? Les propos décapants de Bernard Charbonneau ont le grand mérite de nous rappeler que la liberté n’est pas un don, mais une conquête. (Thierry Paquot)
Daniel Cérézuelle, Écologie et liberté. Bernard Charbonneau, précurseur de l’écologie politique . À ceux qui se demandent comment sortir de la course à la croissance, la lecture des livres de Charbonneau peut apporter de précieux repères. Pas de liberté sans puissance ; mais dans un monde fini le développement infini de la puissance matérielle et de l’organisation sociale risque d’anéantir la liberté de l’homme. Charbonneau a, dès sa jeunesse, la conviction que son siècle serait à la fois celui du totalitarisme et du saccage de la nature. Des années trente à sa mort, en 1996, il réfléchit sur les dangers qui résultent, pour la nature et pour la liberté, de la montée en puissance de plus en plus rapide du progrès technique, scientifique et industriel. Longtemps, cette préoccupation fera de lui un marginal dans le monde intellectuel. Cependant, plus le temps passe et plus son œuvre s’avère pertinente et actuelle ; ainsi les problèmes écologiques et politiques que Charbonneau signalait dès les années trente dans l’incompréhension générale ne font que s’aggraver. Ce livre présente les principales clés d’une œuvre tout entière consacrée à la nécessité et aux difficultés de la révolution nécessaire pour réorienter notre civilisation.
Takis Fotopoulos, Vers une Démocratie générale. Une démocratie directe, économique, écologique et sociale . Plus personne ne conteste l’économie de marché et la démocratie représentative. Ces institutions sont pourtant responsables de la crise écologique, économique et sociale que nous vivons désormais : elles engendrent une concentration des pouvoirs qui autorise des minorités à promouvoir une logique de croissance destructrice. Une histoire tournée vers la quête du bien commun est impossible sans une libération globale du pouvoir citoyen. La démocratie générale opère cette libération en appliquant à tous les champs de la société le principe d’un partage égal du pouvoir.
Cela implique, outre une démocratie politique directe, une démocratie économique et sociale qui reconsidère l’organisation de la production et de sa gestion. Loin des pures utopies, il s’agit ici de dessiner les contours concrets d’une nouvelle société. Vers une démocratie générale est une adaptation originale de Towards an Inclusive Democracy, déjà traduit en allemand, italien, espagnol et grec. Takis Fotopoulos, économiste et politiste, est directeur de la revue « Democracy and Nature, The International Journal of Inclusive Democracy ».
Dossier « Relocaliser l’économie », L’Ecologiste , numéro trimestriel mars-avril-mai 2006.
Alberto Magnaghi, Le Projet Local , Mardaga, Bruxelles, 2003. La revue Esprit dans son numéro d’octobre 2005 a publié un article sur cet ouvrage majeur.
Gérard Billard, « Un nouvel agencement de l’environnement urbain pour une nouvelle forme d’organisation sociale ? Exemple de Seattle à travers la stratégie des Villages urbains », Annales de géographie, n°611, 2000, pages 84-93.
Murray Bookchin, Pour un municipalisme libertaire , éd Atelier de création libertaire.
Guy Debord, La Société du Spectacle , Gallimard, 1992 (1967), Chapitre VII « L’aménagement du territoire ».
Guy Debord, « Ecologie, psychogéographie et transformation du milieu humain », dans Guy Debord Oeuvres, Gallimard, Quarto, 2006, pp. 457-462.
Ellul, Jacques, « Les idées-images » de la ville de l’homme quelconque », dans L’idée de la ville, actes du colloque international de Lyon, Ed. du Champ Vallon, Seyssel, 1984 (pages 37-43)
Gilbert Hottois, « Le technocosme urbain. La ville comme thème de la philosophie de la technique » Conférence donnée dans le cadre de la 17è Ecole Urbaine de l’ARAU, Bruxelles, mars 1986. En mars 2006, l’ARAU organise son colloque annuel sur « Révolutionner nos modes de villes : la ville dans une société de décroissance ». Les actes de ce colloque paraîtront en 2007.
Clément Homs, « Le localisme et la ville : l’exemple du village urbain », dans Democraty and Nature, septembre 2006. Disponible en ligne.
Serge Latouche, recension de l’ouvrage de Takis Fotolopoulos dans Revue du MAUSS, n°22, second semestre 2003, pp.439-443.
Serge Latouche, « Pour une renaissance du local », L’Ecologiste n°15, avril 2005.
Serge Latouche, « Vivre localement », dans La Décroissance, n°28, septembre 2005, p.7.
Norbert-Hodge Helena, Manger local , Ecosociété, 2005.
Raimon Pannikar, Politica e interculturalità , L’Altrapagina, Città di Castello, 1995.
Jacques Ellul, L’illusion politique . Dans la société occidentale, le verbalisme politique exprime une double illusion, en même temps qu’il lui donne naissance. Nous assistons au développement de l’illusion de l’homme politique qui croit maîtriser la machine de l’Etat, qui croit prendre des décisions politiques toujours efficaces, alors qu’il se trouve de plus en plus impuissant en face de la rigueur croissante des appareils étatiques. Or, cette impuissance de l’homme politique est voilée précisément par la puissance et l’efficacité des moyens d’action de l’État qui interviennent toujours plus profondément et exactement dans la vie de la nation, et dans celle des citoyens. Mais l’homme politique, fût-il dictateur, n’a finalement aucune maîtrise de ces moyens. Réciproquement, paraît l’illusion du citoyen, qui, vivant encore sur l’idéologie de la souveraineté populaire et des constitutions démocratiques, croit pouvoir contrôler la politique, l’orienter, participer à la fonction politique, alors que tout au plus il peut contrôler des hommes politiques sans pouvoir réel - et s’engage, sur cette double illusion, un dialogue d’impuissants. Dans cette difficile situation, n’y a-t-il aucun remède ? S’il en existait un, il serait, en tout cas, à la fois humble et héroïque.