
Ce Manifeste a été souscrit le 5 décembre 2007 par des participants au colloque La convivencialidad en la era de los sistemas, organisé à Cuernavaca (Mexique) en l’honneur d’Ivan Illich à l’occasion du cinquième anniversaire de sa mort.
Le temps des célébrations est venu. L’heure du changement est arrivé et il nous faut célébrer ensemble notre réveil et la capacité d’agir de chacune et chacun d’entre nous. Célébrons l’aube d’une nouvelle espérance. L’un après l’autre, les rêves brisés se sont transformés en cauchemars : rêves d’industrialisation, d’urbanisation, de croissance économique, de développement, de progrès. Les rêves de l’American way of life et du capitalisme, mais aussi du socialisme ne sont plus que ruines. Au réveil l’horreur était toujours là. Chaque calamité naturelle et sociale qui nous accable porte la marque de l’injustice dans un monde où moins de cent personnes possèdent plus de richesses matérielles que tous les autres habitants de la terre et où ce fossé ne cesse de s’agrandir.
Se réveiller c’est reconnaître avec lucidité, sans catastrophisme ni éclat que les institutions dominantes sont en crise :
• Les systèmes d’éducation éliminent plus de gens qu’ils n’en gardent, engendrent dépendance et discrimination. Ils mutilent et disqualifient les productions autonomes de savoirs. Ils ne préparent ni au travail ni à la vie. Les jeunes « éduqués » par le système ne trouveront jamais l’emploi de leurs rêves : 70% d’entre eux ne travailleront pas dans leur domaine d’études. L’école, en les déracinant et en accaparant leur temps et leur attention, leur ôte la possibilité d’acquérir les savoirs et savoir-faire qui leur permettraient d’assurer leur autonomie.
• Les systèmes de santé rendent malades et sont discriminants. Ils empêchent de développer des formes de soins autonomes et rendent dépendants de besoins impossibles à satisfaire.
• Les systèmes de communication isolent, séparent et manipulent, favorisant les mécanismes de contrôle.
• Les systèmes politiques sont la négation de la démocratie. Ils masquent les véritables structures de domination et promeuvent d’illusoires libertés. Ils développent la dépendance et l’envie. Ils lient les mains, les pieds, les langues ; rendent sourds et aveugles pour mieux cacher la violence et le chaos qu’ils produisent et empêcher toute initiative.
Le réveil est aussi une invitation à inventorier nos richesses. On trouve encore dans bien des villes des initiatives qui tissent des liens d’entraide. Des peuples entiers sont encore enracinés dans leurs traditions millénaires. Pour eux, l’eau est encore sacrée et gratuite et tous ont accès à elle selon des règles propres à leurs espaces communaux. Ces espaces peuvent aujourd’hui servir de refuge aux déçus de la modernité en remplaçant les espaces impersonnels et abstraits des villes modernes par des aires communautaires. Dans ces poches de résistance les gens reprennent en main leurs destinées et parcourent à nouveau leurs propres chemins.
Certes, nous savons que ces richesses, et bien d’autres, pourraient disparaître. Mais il nous faut célébrer la ténacité avec laquelle les insoumis, les rebelles, les mécontents et les qualifiés de pauvres , qui sont la majorité, les défendent. Ils savent que la guerre incessante qu’on leur livre vise à les priver de moyens autonomes de subsistance pour les réduire à une misère dépendante. Ils savent aussi que le raz de marée devastateur de ce système cupide détruira toute résistance isolée. C’est pourquoi, s’organisant pour résister, ils transforment leur résistance en lutte de libération.
Solidement ancrés dans la dignité de leurs espaces propres, ils créent des chaînes de confiance et de solidarité et nouent des liens avec d’autres poches de résistances. C’est ainsi que se créent des réseaux de résistance, où s’épanouit la dignité de chacun en relation avec les autres et la nature, transformant ainsi pas à pas les bases d’un monde qu’ils réinventent.
Les crises ont des effets dramatiques sur la vie quotidienne mais elles peuvent aussi marquer l’aube d’une libération révolutionnaire, en permettant de s’affranchir des instances qui brident les libertés. Elles sont le révélateur de la nature et des faiblesses du système dominant. Ainsi le capital, par exemple, a plus d’appétit que jamais, mais il n’a pas le ventre pour digérer tous ceux qu’il veut contrôler.
La liberté et l’équité resteront lettres mortes dans une société organisée autour de l’automobile et de l’école, qui met l’économie au centre de la vie sociale. Pour en finir avec les les pénuries cycliques nées de l’avarice, de l’incompétence et des dégâts causés par la croissance économique, il convient de réduire l’économie formelle et de permettre le développement de sphères de subsistance autonomes. En remettant la politique et l’éthique, auxquelles l’activité économique doit être soumise, au centre de la vie sociale on remplacera l’obsession de la croissance économique par une société conviviale qui garantira à chacun le libre accès aux outils de la communauté dans le respect de la liberté des autres.
Il nous faut célébrer la maturité technologique à laquelle nous sommes parvenus. Avec les moyens techniques actuellement disponibles tous les habitants du monde peuvent se créer une bonne vie en fonction de ce que chaque culture considère comme une bonne vie. Chaque personne pourrait avoir accès à une alimentation, un habillement et un logement convenables si ces moyens , accessibles à tous et à toutes, sont utilisés de façon économiquement réaliste, socialement équitable et écologiquement tolérable. Un principe de suffisance - assez, mais jamais trop - doit prendre la relève de l’idéologie du toujours plus qui domina le XXème siècle et dont la banqueroute et l’agonie sont encore aujourd’hui sources d’instabilité et de chaos.
L’expansion de la dignité est un défi radical aux systèmes existants et l’autonomie créatrice mine les fondements des structures de domination. La réaction des pouvoirs en place est souvent violente et destructrice. Le changement n’ira pas sans efforts et sacrifices. De plus, nous savons que renoncer aux mirages et illusions, qui offrent sécurité et confort, est difficile et que résister aux pressions castratrices du système ne l’est pas moins. Mais les écueils que nous voyons ne nous arrêterons pas. Se réveiller c’est aussi recouvrer le sens de la condition humaine avec son art de souffrir , de jouir et de mourir. C’est aussi transformer notre mécontentement en art de vivre avec dignité.
Les crises actuelles sont des crises d’échelle dues au fait que la taille des activités économiques et politiques a dépassé la mesure humaine. C’est là le produit d’une arrogance dont nous payons aujourd’hui le prix. Recouvrer le sens des limites naturelles et sociales permet de contrecarrer les échelles surdimensionnées des nations et des marchés internationaux, en construisant des réseaux interconnectés de digues protégeant des domaines vernaculaires, où pourront fleurir des échanges locaux autosuffisants.
Ce système de contention devrait assurer une protection contre les raz de marée des opérations financières et politiques actuelles. Ces digues permettent de retrouver le sens de la proportion, le sens de la communauté, c’est ce qui rend possible l’autonomie créatrice et la liberté, ce qui peut donner une réalité à la démocratie. Celle-ci ne peut exister que là où sont les gens. Elle ne peut être que l’expression d’hommes et de femmes ordinaires qui définissent librement, en assemblées autonomes, les affaires qui les concernent.
Dans un monde où se multiplient les signes de désespoir, nommer l’intolérable est déjà un acte porteur d’espérance. Si quelque chose semble intolérable il faut agir. C’est la raison pour laquelle l’espérance est l’essence des mouvements populaires. Le fait de redécouvrir qu’elle est une force sociale est un premier pas vers le changement.
Il ne faut pas voir l’espérance comme la conviction que les choses arriveront comme prévues, comme cela se passe avec les prévisions et prospectives conventionnelles qui engendrent des attentes illusoires.
L’espérance c’est la conviction, indépendamment de ce qui peut arriver, que les choses ont un sens. C’est pourquoi la véritable espérance commence, mystérieusement, par la capacité de nommer l’intolérable. Une capacité qui vient de loin et induit nécessairement la colère et la politique pour défendre nos richesses, les cultiver et les faire fleurir. Au lieu d’attendre et de croire aux mirages, nous nous mettons en mouvement, nous déconnectant peu à peu des sytèmes aliénants qui nous mutilent pour construire librement un nouveau monde qui contienne les nombreux mondes que nous sommes.
Nous n’acceptons plus d’être réduits en catégories abstraites, en particules homogénéisées dansant au son de systèmes prétendent nous transformer, toutes et tous, en individus égoïstes. Dans nos poches de résistance, c’est l’amitié qui nous unit tel un ciment, pour construire de nouveaux espaces communautaires. Dans ces espaces, nous pouvons nous détacher des instruments matériels et sociaux qui nous asservissent afin de construire joyeusement, loin de toute ingénierie sociale et de toute planification capitaliste ou socialiste, la société que nous imaginons.
Le temps est venu de célébrer notre capacité de donner à notre réalité d’aujourd’hui la forme d’un devenir, bien ancrée dans un passé qui reste source d’inspiration.
C’est trés juste tous ça mais fait attention dans tes catégorisations péremptoires et classificatrices, que justement tu imputes aux système (un peu d’adorno ca fait de pas mal, a non c’est un marxistes, socialiste ?, danger) Non plus sérieusement si en général pour faire chiez les écosocialiste je dit que je suis partisan de la décroissance (qui sont souvent plus rigoureux et ont une position stratégique plus intéressante car il incorpore mieu illitch par exemple et dont surtout pour parler comme badiou (un autre marxiste, forcément productiviste brulons les) il invoque pas le pleins de la société précedente pour régler le problème ce qui permet d’etre à la décroissance un mot litige (au sens de rancière ), donc politique) mais la je vais te dire que je suis socialistes et communistes.
Les différences avec l’ecosocialisme son a mon avis pas assez importante pour fermer de fait un dialogue en les enfermant dans la classe des vilains planificateurs (il y en a mai bon), car elle sont minime et ne devrai etre que l introduction de Roegen evidemment et de Illitch. Ce qui leur permettrai (donc d’etre cohrent avec leur principes) de penser le dépérissement de l’état plustot que toutes leur fadèze sur les services publics (fut il plus égalitaire ou démocratique, tu voit tres bien la critique que je fait)
Mais tu voit cela (c’est ce qui permet de faire un rapprochement important) n’est pas l’oeuvre du saint Illitch qui aurait découvert la terre promise de la pensé (d’ailleurs attention tu donne l’impréssion que c la faute de l’humanité, comme si a démesure n’avait pas été le choix déja pris au sein de la production, et forcément de son histoire "mythique")
Sur la question de l’école, il cite Marx, mais la filliation n’est pas uniquement si prosaique, que le fait que pour marx il est evident que les gosses devait travaillé, il est aussi en lien avec la 3eme thèse de Fuerbach ou il démontre l’inutilité des maitres, ou plus récemment chez la lecture radicales qu’avait les situ des traveau de bourdieu (je renvoi a cette phrase merveilleuse, sur la rationalistion du système au début de "la misère en milieu étudiant") et connaissant bien les deux auteurs je ne pense pas que Illitch ne les ai pas lu.
Bien sur je purrait continuer pour à peu prés toutes les intérogation d’Illitch. Avec une petite démonstration sur les manuscrit de 1944 ou sur certain thème situ. D’ailleurs à ma connaissance il n’y a pas chez Illitch de critique (comme on peut en trouver chez Rogen) explicitement faites contres Marx (contre les systèmes se réclamant de marx et contre les services public oui mais c’est ici deux choses différentes, d’ailleurs Marx trouvez que sous napoleon l’état intervenait sur tous, qu’est ce qui dirait maintenant ?)
cordialement qq1 qui pense que Illitch est soluble dans le socialisme et qu’il est même (avec le situationistes lol) la condition du sauvetage du projet socialiste de dépérissement de l’état et du fin du capitalisme. donc ne tombons pas dans la maladie infantile de l’écologie politique d’un sectarime qui par préjugé se ferme la porte a des alliances qui ne serai pas que pur défaite programatique (ne soyons pas bordiguiste merde meme si il avait raison) tous ca n’est evidemment pas tres claire