
COMMENT NE PLUS ETRE PROGRESSISTE...
SANS DEVENIR REACTIONNAIRE de Jean-Paul Besset. Editions Fayard. Septembre 2005
Le progrès a fait des merveilles : trois fois plus d’habitants sur la planète, vingt fois plus de richesses produites, trente fois plus d’énergie consommée... Jusqu’à l’irréparable ? Car l’exploit a un revers. Les ressources naturelles s’épuisent, les équilibres qui, garantissent la vie chancellent, la crise du vivant précipite la faillite de l’humain. Notre espèce elle-même est menacée. Nous ne savons pas remplacer la nature. Mais, éblouis par la mystique progressiste, nous faisons comme si nous pouvions nous en passer. La croissance infinie des biens et des services qui fonde le développement de nos sociétés est impossible. Ou, si l’on préfère, suicidaire. Elle est incompatible avec la stabilité de la biosphère et inaccessible à l’essentiel de la population mondiale. Elle ne saurait donc tenir lieu de projet de civilisation. L’humanité a atteint le bout ultime de la voie progressiste qu’elle a empruntée au début de la modernité. Un autre âge peut s’ouvrir qui permette d’échapper à la logique du "si tu n’es pas progressiste, tu es donc réactionnaire" : des alternatives existent et notamment celle de la décroissance. Il est urgent de les penser et de les mettre en oeuvre, malgré le verrou politique que la droite et la gauche, ensemble, continuent de tirer.

Pour une critique pertinente du livre de Jean-Paul Besset très marqué par la perspective de l’écologisme gestionnaire de marché, on pourra lire l’article de Jean-Pierre Tertrais, « La forêt s’embrasse ? Vite un verre d’eau ! A propos d’un livre de Jean-Paul Besset » (disponible sur decroissance.info). Une réponse qui ouvre à un véritable débat.
Un interview en ligne de Jean-Paul Besset dans le magazine Politis.
On pourra également lire un interview de Jean-Paul Besset recueilli par Sophie Divry, dans le journal La Décroissance n°29, décembre 2005, page 10.
On peut écouter une conférence de Jean-Paul Besset d’avril 2006.
Sur le thème de la remise en cause du progrès, on peut aussi consulter la brochure des Renseignements Généreux sur « L’idéologie du progrès » et l’article de Clément Homs, « L’Eglise des illusion du progrès et les objecteurs de croissance. ». L’article de S. Latouche, « La métaphysique du progrès ».
Pour une décolonisation de l’imaginaire progressiste de la Gauche on peut lire Matthieu Amiech et Julien Mattern, Le Cauchemar de Don Quichotte. Sur l’impuissance de la jeunesse d’aujourd’hui (Climats, 2004), ou encore Jean-Claude Michéa, Impasse Adam Smith. Brèves remarques sur l’impossibilité de dépasser le capitalisme sur sa gauche. Editions Climats, collection Sisyphe.
On peut également lire Alain Gras, Le Mythe du Progrès. Fayard.
Article d’Hervé Kempf « Plaidoyer pour une social-écologie » dans Le Monde du 10 janvier 2006 (p.20) recensant l’ouvrage de Jean-paul Besset :
Jean-Paul Besset est un homme optimiste : il croit encore que la gauche existe. Son optimisme ne s’arrête pas là : il veut même croire que la gauche est capable de s’intéresser à de nouvelles idées, à celles qui correspondent au monde qui va et qui change, et qui peuvent aider à le transformer. Il le faut, cet incurable optimisme, car, autrement, quel désespoir ! « La seule question est de savoir quand, écrit l’auteur. Quand l’effet de serre s’emballera-t-il (...) ? Quand le dernier baril de pétrole sera-t-il extrait d’un sol définitivement vidé ? Quand notre cousin, le très sociable bonobo, disparaîtra-t-il de la chaîne du vivant ? Quand le Sahara franchira-t-il la Méditerranée ? Quand (...) ? » - on en passe.
Comme bien d’autres - Hulot, Reeves, Latouche, Cochet, pour les plus connus des actuels représentants de la littérature écologiste d’inquiétude, M. Besset décrit une planète qui s’érode, une biosphère qui se délite, une société qui se divise, un individu qui doute ou qui s’étourdit - un monde surplomb par une crise écologique et qui persiste à ne pas vraiment la voir, dans une cécité qui le conduit vers un sort dramatique.
Non, le plus intéressant et original dans la démarche de Jean-Paul Besset est sa capacité à poser la question écologique nettement sur le terrain politique. Abandonnant l’approche généralement mièvre des commentateurs de l’apocalypse à venir (« Donnons-nous la main », etc.), l’auteur choisit : il laisse tomber la droite, irrécupérablement vouée à soutenir le capitalisme destructeur, pour morigéner la gauche, seule, selon lui, à même de pouvoir faire dérailler le train de la croissance folle vers une civilisation écologique.
Au vrai, il en doute, comme en témoigne ce dialogue savoureux publié en guise de prologue : « Tu ne te sens donc plus de gauche ? - Non. - Tu ne te sens pas un peu à droite ? - Pas plus. De toute façon, aujourd’hui, c’est à peu près pareil. - Quand même... - Si, si franchement. La carrosserie change un peu, mais le moteur reste le même. Croissance, production, progrès... »
C’est que, pour Jean-Paul Besset, la gauche a trahi, par manque d’adaptation à son époque : porteuse des idéaux de progrès au nom de la justice sociale, elle n’a pas vu qu’en promouvant avec enthousiasme la poursuite sans fin de la richesse et de l’abondance matérielle - oubliant au passage l’impératif de la juste répartition -, elle accompagnait la destruction du monde et de la société. Or « la vie et les vivants ne peuvent plus supporter ce à quoi, désormais, l’ambition progressiste conduit. Il suffit d’ouvrir les yeux pour constater les dégâts. Après Dieu, le progrès est mort. »
L’itinéraire de cet auteur, de ce point de vue, est exemplaire. Ancien gauchiste militant (de la Ligue révolutionnaire), il n’est pas devenu un suppôt du capitalisme comme beaucoup des convertis de cette espèce, mais il au contraire évolué vers la prise en compte de la priorité écologiste.
Il a, au passage, poussé efficacement la rédaction du Monde, dont il fut membre, à prêter attention à cet enjeu. Ce parcours lui permet, mieux que d’autres, de livrer ce message à la gauche, plaidant pour une « social-écologie ». Aura-t-elle le temps de l’entendre et de se transformer ? Aurons-nous, conclut-il, « assez de temps pour choisir les modalités de la sobriété avant que le rationnement ne nous soit brutalement imposé par l’effondrement du vivant ».
PS : merci au groupe des objecteurs de croissance de Toulouse pour l’initiative de ce projet.
Kempf est tres fort il ecrit Jean-Paul Besset est un homme optimiste : il croit encore que la gauche existe. alors que plus loin, il rapporte « Tu ne te sens donc plus de gauche ? - Non. - Tu ne te sens pas un peu à droite ? - Pas plus. De toute façon, aujourd’hui, c’est à peu près pareil.
Baveux : L’itinéraire de cet auteur, de ce point de vue, est exemplaire. Ancien gauchiste militant (de la Ligue révolutionnaire), il n’est pas devenu un suppôt du capitalisme comme beaucoup des convertis de cette espèce (il est juste directeur-adjoint du pire des quotidiens qui veut s’introduire en bourse) , mais il au contraire évolué vers la prise en compte de la priorité écologiste. Il a, au passage, poussé efficacement la rédaction du Monde, dont il fut membre, à prêter attention à cet enjeu. Ce parcours lui permet, mieux que d’autres, de livrer ce message à la gauche, plaidant pour une « social-écologie ». c’est quoi ca, c’est comme la socila-democratie ?
Bonjour à tous ! Une conférence sur le bouquin par Jean-Paul Besset à été enregistré avec son accord et dispo sur http://www.tet.asso.fr/article.php ?id_article=20 L’homme est très sympatique !
Bonne écoute à tous !