
Maman, à toi pour toujours.
« Nous assistons au développement de l’illusion de l’homme politique qui croit maîtriser la machine de l’Etat, qui croit prendre des décisions politiques toujours efficaces, alors qu’il se trouve de plus en plus impuissant en face de la rigueur croissante des appareils étatiques. [...] Réciproquement, paraît l’illusion du citoyen, qui vivant encore sur l’idéologie de la souveraineté populaire et des constitutions démocratiques, croit pouvoir contrôler la politique, l’orienter, participer à la fonction politique, alors que tout au plus il contrôle des hommes politiques sans pouvoir réel - et s’engage, sur cette double illusion, un dialogue d’impuissants ».
Jacques Ellul, L’illusion politique.
Les critiques de la croissance économique pleuvent ces jours-ci. Et c’est encore en vain.
Je trie, tu tries, il trie, nous recyclons...
Parce qu’héritier direct de l’altermondialisme, de sa dénonciation simpliste de la « malbouffe », de ses méthodes citoyennistes de « désobéissance civile » sur terrain de luttes délimité et légitimé par l’Etat, de son utilisation à gogo des médias par la création d’happenings de sacrifiés à la patrie juridico-étatique reconnaissante (Moi lumière de l’antipub de toute la terre !, je me sacrifie de manière édifiante en assumant pleinement mes actes de citoyens et par là je te montre ma bonne foi à vouloir continuer à ramper devant toi), le mouvement de dénonciation de la croissance en connaît les travers comme toutes les compromissions actuelles et à venir.
J’aime mon quartier et mon toutou, je ramasse !
Partout le citoyennisme des petits gestes à notre portée de main pour « sauver la planète » (oui, toi aussi tu peux le faire !) est la forme aboutie de la gestion de l’Etat déployée jusqu’aux plus petits de ses rouages que nous sommes : les citoyens. Loin d’être une « alternative », ce mode de mobilisation du citoyen est commun aux tenants de l’ordre techno-économique comme à ceux qui penseraient pouvoir s’y opposer. Des pages « astuces », « L’action du mois » « simplicité volontaire » ou « consommer responsable » de Marie Claire, Elle, 60 millions de consommateurs à L’Âge de Faire, L’Ecologiste, Consommer demain ou La Décroissance, le bruit de fond médiatique nous pousse à nous mettre à genoux devant notre responsabilisation individuelle comme devant l’illusion de notre responsabilisation collective qui dans le dernier sursaut dû à sa propre agonie, ne ferait pas autre chose qu’administrer le désastre en sur-organisant toujours plus loin sa production infinie.
Je vote, tu votes, il vote, nous te plumerons...
Ces dernières années, l’appel au citoyen s’épanouit et continuera à (re)mobiliser la société marchande toute entière autour de la gestion de la catastrophe écologique annoncée en usant de ce qui fait le mieux sa réussite et sa domination. La Méga-machine a trouvé dans cette nouvelle thématique un moyen d’asseoir plus encore son contrôle tellement nous nous trouvons tous dans son intérieur le plus intime. Elle entend désormais nous contrôler par le chantage à sa propre survie à laquelle la notre est également attachée : c’est alors le cocktail usé jusqu’à la corde, d’hyperresponsabilisation individuelle (ainsi d’une rubrique « La saloperie que nous n’achèterons pas ce mois-ci » dans un journal), de culpabilisation autoritaire (tes déchets, tu trieras !) et d’infantilisation à l’extrême (tes enfants tu n’iras pas chercher à l’école en cas de catastrophe et sur un mode d’intimidation sous les traits du comique, « au journal La décroissance tu t’abonneras sinon la planète moura »).
Un shoot de « décroissance » et ça repart !
Comme dans le discours des collectivités territoriales, partout les prétextes de la citoyennisation du monde et des esprits, sont la crise, la catastrophe, la déplétion du pétrole annoncée, qui se doivent être suffisamment pédagogiques pour éduquer nos jeunes têtes de la « décroissance shootenable », aux bons gestes comme aux saines et vertueuses idées. La catastrophe et l’administration du désastre qui se préparent, permettent ainsi d’obtenir l’identification des rouages de la société techno-économique que nous sommes, à la totalité sociale menacée de prendre l’eau de toute part, et dont le sort dépendrait de la bonne volonté de chacun. L’écologie citoyenne est à la survie de la société économique, ce qu’a été pendant la Bataille d’Angleterre la « défense passive » à la survie de l’Empire britannique. Il n’y a pas d’autre chose dans la « politique des sacrifices » de la « décroissance shootenable », dans l’appel à se serrer la ceinture avec la sobriété et la frugalité citoyenne, l’appel à se comporter « de manière responsable » avec la simplicité volontaire et le slowfood. Le message est à l’identification avec la gestion de la dépossession et à s’y intégrer plus encore. C’est l’amour pour Maman la totalité sociale que l’on veut décupler pour venir réfléchir à son chevet comment la sauver. Oui, nous sommes tous dans cette même barque à moitié coulée. Si Maman est aveugle et sourde à son désastre, alors le bon et brave citoyen décroissant devra s’évertuer à faire la danse du ventre devant l’autel de la religion commune pour qu’elle en prenne plus rapidement conscience (viiite ou la planète va mourir !). Et le fils prodigue de la totalité sociale nous fait déjà son soliloque. Mais si Bébé-citoyen peut bien casser son biberon, ce n’est pas une révolution.
A la maison départementale de la démocratie, tu te rendras et tu nous écouteras...
C’est ainsi que chaque citoyen est mobilisé pour aujourd’hui bien sûr (de l’eau, tu ne gaspilleras pas ! sinon tu te dessècheras), mais avant tout pour les générations futures, à commencer par le souci de ses propres enfants (le téléphone portable pour ton bambin, tu éviteras, toi tu continueras ! Les matières grasses tu lui éviteras !). Comme ces dizaines de bénévoles qui se précipitent pour ramasser à mains nues des galettes de fioul sur les plages après une marée noire, à côté des bidasses mobilisés d’office, le citoyennisme de la consomm’action responsable fait partie de la remobilisation marchande à l’avant-garde de la mutation mondiale de l’éco-capitalisme (la « malbouffe » tu n’achèteras pas, les produits locaux et « bio » tu consommeras, le petit commerce tu chériras... plus heureux tu seras !). La « consommation engagée » est donc mobilisée sur le nouveau front de l’éducation du consommateur pour qu’il ne continue plus à menacer l’intégrité de la totalité sociale. Les publicitaires apprennent à vendre, les consomm’acteurs apprennent à consommer. La boucle encore imparfaite (Maman était encore une jeune fille) est bouclée. La société économique est totale.
Je décrois, tu décrois, il décroît, et toujours pour tes « vrais besoins » tu consommeras.
Il n’y a pas au fond de différences entre la propagande des collectivités publiques poussant le citoyen à se comporter en citoyen aux vertus responsables (trier ses déchets, coller sur sa boite aux lettres un autocollant départemental « Stop pub », limiter sa consommation d’eau ou de médicaments, accepter le changement d’horaire pour économiser l’énergie, etc.) et les pratiques des « alternatifs ». Le troupeau des citoyens est partout le régiment d’agents inconditionnels sur lequel on pourra compter et prélever à merci, sachant que dans l’amour pour la Cité techno-marchande qui nous nourrit et que nous faisons vivre, cette dernière est pour nous tous, notre Maman. Entre Maman et son bébé-citoyen s’est finalement établi un système autarcique où la production satisfait automatiquement la consommation. La machinerie technologique nourricière et la population vivent et dépendent tellement l’une de l’autre, que celle-ci ne souhaite nullement rompre la perfusion économique et ne s’en sent d’ailleurs pas capable. Qu’il est dur pour Bébé-citoyen de s’arracher au sein maternel qui nourrit le terrain de sa contestation.
Comptez sur nous, nous comptons sur vous...
Car les citoyens, cette invention de l’Etat techno-économique taillée dans les restes du monde que nous ne formons plus pour constituer une humanité neuve organiquement acquise à sa cause, sont ceux qui au sein de la perte générale du lien social dans une société partout englobante, persistent envers et contre tout à proclamer leur participation abstraite à une société simulée qui n’existe plus que dans le miroir de son perpétuel Spectacle. Les citoyens ils l’aiment la société du Spectacle de la relation sociale. Car le citoyen c’est la matière première du Tout social sur laquelle il frappe de son marteau sur son enclume industrielle. L’Etat et ses citoyens sont l’avers et le revers d’une même monnaie : notre mode de vie totalisant dans l’invention de l’économie, l’ensemble des dimensions de ce que nous sommes et qui voulaient vivre de manière autonome.
Qu’est ce qui est léger, gratuit, qu’on vous livre à domicile et qui peut décider du destin d’une nation (tataaan !) ? Inscrivez-vous sur les listes électorales...
L’amour de l’Etat pour ses citoyens est alors sans limites, il les adore et les mange de ses baisers. Et « l’éducation à la citoyenneté » à l’école est d’ailleurs là pour faire en sorte que cela soit réciproque. L’idéologie du citoyennisme au travers de ce que nous transmet la totalité sociale qui nous a engendré, fait donc partie des mythes et des illusions qui la rendent vivable. Maman compte bien rentrer dans ses fonds, et à l’heure de son désastre écologique imminent, elle y met l’instinct et l’obstination invincibles d’une Mère poule qui couverait ses derniers oeufs : investir dans « l’éducation au développement durable » de ses futurs citoyens, c’est du rentable ! Quand tout le monde aura compris (salauds de pauvres qui vont encore au hard discount du coin !), bientôt des millions de terrifiantes cohortes de « consommateurs engagés » iront retirer au distributeur économique les nouvelles marchandises « utiles et 100% super-sympa ». La remobilisation militante des consciences des citoyens est une question de vie ou de mort pour elle. Et la contestation et l’administration citoyennistes ne font désormais plus qu’un.
Obéis, soit simple, soit sobre ! (R)engagez-vous...
Tout appel aux citoyens est alors comme une affiche perpétuelle de mobilisation générale par temps de paix afin d’essayer toujours de vivre normalement dans des conditions qui tuent. L’appel au citoyennisme n’est alors que militarisation de la société entre-deux-guerres, notre nouveau devoir social pour nous qui sommes dans le ventre de la baleine économique qui nous a tous englouti. Citoyen-consommateur, (r)engagez-vous ! afin de faire circuler l’identique mouvement que vous recevez au pignon voisin sur lequel vous vous engrenez. De toute façon Maman se charge de tout, de la soupe et de la purge écologiste, des périls de la rue, de l’école, de sa « malbouffe » et de ses nuisances qu’elle régule (fumer tue !). Et même si Bébé citoyen répugne à être torché à chaque élection, une bonne fessée de temps et temps lui rappellera qu’on ne résiste pas à l’amour maternel. L’éco-consommation, c’est comme tout, il finira de toute façon par comprendre.
Je m’auto limite, tu t’auto limite, il s’auto limite, ta liberté et ton autonomie nous limiterons ...
Par cet appel incessant à atténuer le désastre que celui qui appelle produit, le citoyen est amené par là à prolonger l’effondrement de sa dépossession toujours plus poussée. Le citoyen est le dépossédé que l’appareillage technicien, politique, bureaucratique, économique, machinique, a besoin pour étendre ses dispositifs. Il est l’envers, ou plutôt le point d’application précis de toutes les techniques instrumentales, de délégation, de contrôle, de complexification, d’imbrication, de dépossession, de son propre sauvetage aussi. Le citoyen lui, est au garde à vous, et il avale. L’implantation durable de la fabrique du citoyen est la principale victoire de la Mégamachine. Et nul, assurément, n’est mieux placé que l’écologie citoyenniste et étatiste pour profiler les futurs citoyens responsables qui déconsommeront jusqu’à ce que Maman puisse reprendre une bouffée d’oxygène.
As-tu bien déconsommé aujourd’hui ? (publicité sur un télécran)
Mais tout à l’illusion de sa liberté, Bébé-citoyen prospère, il s’égosille, tape du pied et fait gicler la purée sur les murs : que voulez-vous, le petit fait ses dents. Le citoyen fait alors des propositions à Maman en créant son propre Parti politique ; Oui Bébé il est content, droit dans ses pantoufles, il donne même un interview à France Inter et fait 5% (imaginez-vous ?) sur une liste des municipales ! Tataan ! Propositions que la domination pourrait peut-être un jour prendre à son compte, une fois truffées de réalisme, pour en faire d’honorables trompe-couillons. Inconscient de sa puérilité, Bébé-citoyen ne se rend pas compte que ses jeux-mêmes supposent ce doux nid d’amour qui le fabrique. Il ne se rend pas compte que son appel à l’Etat et au volontarisme collectif vient non pas de sa liberté mais du plus profond de sa participation à la société, de sa situation même dans la société où il n’est que rouage dans la chaîne du travail et de la consommation séparés.
42 millions de personnes l’ont déjà ! Et vous ? Se faire recenser et contrôler, donne des droits.
Une guitare à la main et un brin d’herbe à la bouche, son appel à l’Etat (pollueurs-payeurs, revenu garanti par la tété économique, fiscalité écologique, police écologique) est en réalité perpétuellement un appel au renforcement urgent de l’appareillage technicien et politique (sinon la planète va mouriiir !). Il ne se rend pas compte que réclamer à Maman une « décroissance », présuppose de rester dans une société intégralement marchande, c’est-à-dire après une courte fugue et avoir fait toute une scène, retourner sous les jupes de Maman. Trop jeune dans sa contestation, il ne se rend donc pas compte qu’il ne fait que réclamer de nouveaux joujoux. Et quand Bébé-citoyen a bien hurlé, on le mouche et il s’endort. Un grand poutou sur la joue, bien bordé, nous avons toujours aimé Maman.
Devenez responsables, Faites de la politique mes braves moutons !
je ne connais pas l’histoire de decroissance.info mais ça ressemble à de la lutte fratricide avec les cousins de la décroissance.org.... ce que suggère en tout cas la posture "totale" (pour ne pas dire autre chose) de l’article, plus soucieuse de condamner en bloc plutôt que de faire un tri (sélectif ?) parmi les possibles de l’éco-citoyenneté (EC).
Certes, la dénonciation est intéressante, de la récupération marchande de l’EC, marchande, étatique, et ses dispositions égocentriques. Mais, pour saisir une perche (un fouet ?) tendu(e) par l’auteur : et si demain les nouveaux EC venaient en masse à la Maison du Département ? Alors ce ne serait plus un petit tour sur soi mais à mon sens un vrai changement, politique. L’auteur ne montre pas que le citoyennisme n’est pas qu’une forme dégénérée d’une vraie EC, qui reste à faire.
Et puis, c’est vrai, on aimerait savoir ce que propose l’auteur en échange de sa mauvaise humeur (créatrice) ?
Non qu’il soit plutôt marrant de parler de « récupération » du citoyennisme, quand c’est un secret de Polichinelle que c’est l’Etat qui institue lui-même cette « citoyenneté » dont il se sert pour asseoir la servitude volontaire de tous (école, symbole, cartes, cérémonies, sport de masse, elections., etc.). Cet Etat qui pour faire de l’ « éducation à la citoyenneté » ne cherche qu’à subordonner l’homme et la femme, et d’abord l’enfant, à une « Histoire nationale » (la France naturelle et éternelle depuis Astérix le Gaulois), une " Europe ", un « Etat », des « droits abstrait de l’homme abstrait », une « Nation », une « Société », et dont il serait la simple médiation, le prolongement, l’oeuf de la poule. La « Citoyenneté », l’ « Histoire », la « Nation », l’ « Etat », la « Société » constitueraient en quelque sorte la substance de ces individus. Il y aurait une préexistence dans l’ordre ontologique, de ceux-ci sur l’individu. Si t’es pas un citoyen, t’es pas un homme ! T’identifier au regard de ces entités abstraites, c’est d’abord avoir la possibilité de te contrôler, par la servitude volontaire. Autant de réalités abstraites qui servent à l’évanouissement de notre propre liberté instituante, et qui sont des réalités ayant consistance et être par soi, dominant l’individu et le déterminant : les citoyens ne sont que des arbres de transmission du Grand Tout qui les dépasse. Le Grand Fleuve ontologique de ces entités n’a que faire de la nature des roues qu’il entraîne dans son mouvement, c’est lui qui leur transmet sa force et détermine leur nature, leur identité et leur fonction de rouage au regard du Grand Fleuve (c’est là la nullité du vitalisme, de l’idéalisme et du matérialisme). Le citoyen créée par l’Etat, c’est comme un chien relié à sa niche par une chaîne, il peut sortir, faire trois mètres pour aller manger son no-nos dans sa gamelle automatisée : et on appelle cela « voter » ou « faire de la politique ».
Et puis pas seulement, toi ta seule argumentation, pour répondre à ce texte, c’est au mieux la porte de sortie (« Ah c’est bien beau tout ça de critiquer les gens tout gentils comme moi, mais toi c’est quoi que tu proposes, moi qui attend toujours que l’on me dépose « la » Solution dans ma gamelle ? »), au pire l’interprétation psychologique dans la Boule de madame Irma, sans parler qu’un débat ou une controverse d’idées quand on ne veut pas comprendre rien et trop se poser de questions, c’ est plus facile à interpréter en le renvoyant à des querelles de personnes, à des point-info-truc-machin et des point-org-zibouilles, dont je me contrefout : il est tellement méchant le monde que tu subis, que tu ne comprends que les milieux auxquels tu t’identifies encore, ne soient pas le monde des petits z’oiseaux et de leurs gazouillies que tu espères de voir arriver sur la Terre : Ah ! et si tous les humains faisaient une ronde autour de la Terre...
A l’inverse de ce que ton impuissance cherche en moi comme certainement en tous les autres, ne me prenant pas pour ma part pour le Sauveur suprême ayant une « Solution », pour le sujet révolutionnaire supposé savoir, pour la part encore saine de l’humanité qui sait qu’il faut décroître envers et contre tous, ou pour l’avant-garde politique d’un think tank en politiques publiques décroissantes pour être invité dans les colloques de l’Administration du désastre (« rationnement désirable » de M. Ariès, revenu-garanti-à-se-faire-coloniser-par-l’économie, fiscalité écologique pour marchandiser toujours plus loin les atteintes à l’environnement, les « 8R » qui présupposent un déploiement général et totalisant des moyens instrumentaux de l’Etat, etc.), je témoignes de mes solutions et bricoles mes propres réflexions sur les alternatives, et que tu trouveras sur ce site et sur son forum.
Mais quand j’entends cet argument pour seule « critique » et débat d’idées, « et toi c’est quoi ta solution ? », quand pour ta part tu ne fais que réclamer une croissance illimité des moyens de l’Etat pour contrer le changement climatique, je ne peux que penser à ce qu’écrivait si justement Bernard Charbonneau :
« la Solution n’a jamais libéré l’homme que de sa liberté ; et c’est pour mieux le tyranniser, notamment par l’Etat. Celui qui place son salut dans une solution et non en lui-même est constamment tenté de la réaliser par tous les moyens. S’il y a une Solution il n’y a qu’à supprimer l’Etat, et si là est le Bien et non dans l’homme, alors tout ce qui peut aboutir à ce bien suprême est justifié ; même une dictature totale, mais provisoire. La condition nécessaire d’une victoire de l’homme sur la fatalité politique - et cette condition serait suffisante si elle était pleinement remplie -, c’est d’être. L’Etat ne se développe que là où nous sommes pas pour nous dispenser, légitimement ou illégitimement, de l’effort. Les peuples et les individus libres sont les peuples et les individus riches d’une vie surabondante auxquels il est aussi naturel de donner qu’il leur est normal de recevoir. Etre : la condition à la fois la plus proche et la plus lointaine, la plus évidente et la moins facilement concevable. Car ne langage ne devrait pas avoir à traduire ce qui devrait aller de soi ; et l’action se voit obligée de recréer l’homme et le monde. C’est bien là la difficulté fondamentale de tout combat pour la liberté. Il est facile d’imaginer l’anarchie, de définir un système fédéraliste. Mais il est plus dur de créer la base qui donnerait un contenu »
B. Charbonneau, L’Etat, Economica, 1987, p. 432-433.
Certains passages de ce texte me font penser au livre Bien aimer sa maman, où Bernard Charbonneau développe également la métaphore Mamaun=société...
Cela me donne envie de m’y replonger un coup !
On s’y essaye...
En tant que punk en guerre contre le conformisme moutonnier que constitue la décroissance, je ne fauche pas de champs OGM, je ne nettoie pas les plages polluées, je ne trie pas mes déchets, et même il est possible que je vote un jour.
Le problème, c’est que tout en fauchant, les martyrs sont persuadés qu’ils font justement en train de faire de la politique.