
Quelques brèves recensions particulières (le reste ce sont des présentations d’éditeur) :
Miguel Abensour, Hannah Arendt contre la philosophie politique ?, Sens & Tonka, 2007.
Comité invisible, L’insurrection qui vient, La fabrique, 2007.
Ingmar Granstedt, Du chômage à l’autonomie conviviale, A plus d’un titre, 2007.
Guy Bernelas, La Robe de Médée. Considérations sur la décimation des abeilles, A compte d’auteur, hiver 2006.
N°18 revue Réfractions, dossier « Ecologie, graines d’anarchie », printemps 2007.
Association contre le nucléaire et son monde, Histoire lacunaire de l’opposition à l’énergie nucléaire en France, Editions de La Lenteur, 2007.
Thierry Paquot, Utopies et utopistes, La Découverte, 2007.
Alliance des ultra-sceptiques optimistes, Matrice téléologique et De l’hypothèse à l’hypostase, Belles Emotions, 2007.
SORTIR DU POLITIQUE : VERS L’AUTONOMIE POST POLITIQUE.
Philippe Caumières, Castoriadis. Le projet d’autonomie , Michalon, 130 pages, 10 e. Ce qui surprend immédiatement à la lecture de l’œuvre de Castoriadis, c’est le décalage entre la puissance d’une pensée, sensible pratiquement à toutes les pages, et son côté confidentiel. Est-ce la diversité du parcours de cet homme né en 1922 à Constantinople, fuyant la dictature de Metaxas pour arriver à Paris en 1945, son engagement au sein du groupe, devenu quasiment mythique, " Socialisme ou Barbarie ", son enseignement à l’École des hautes études en sciences sociales ? Est-ce la difficulté de le situer dans un champ disciplinaire défini : militant politique, économiste, psychanalyste, philosophe, penseur de la démocratie, au savoir quasi encyclopédique ? Pourtant cette activité étonnante trouve toute sa cohérence dans le concept d’autonomie, présent d’emblée comme idée essentiellement politique. Comment l’autonomie est-elle possible ? Question double en vérité, indissolublement pratique et théorique. Comment mettre concrètement en place une société proprement autonome, c’est-à-dire se sachant pleinement responsable d’elle-même et des orientations qu’elle prend ? Que suppose ce projet pour les sociétés humaines, leur histoire et les hommes qui les constituent ? (présentation de l’éditeur)
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Miguel Abensour, Hannah Arendt contre la philosophie politique ? , Sens et Tonka, déc. 2006, 17 euros. C’est peu dire qu’aujourd’hui l’Hanna Arendt-mania est une maladie qui a envahi totalement toutes les salles et arrières salles des rédactions de presse, les colonnes de Télérama ou les références des militants altermondialistes. Tous, petits, gros, aux ordres, industriels de la pensée pré-mâchée et autres, communient désormais au totem de ce nouveau monde qui a pour base les années 1990 : Hannah Arendt ! Celle-ci représente alors la bonne conscience de ce beau monde qui ne cherche qu’à éterniser le monde tel qu’il ne va pas et dans lequel la classe managériale des bourgeois-bohêmes ronronne inlassablement dans le confort de sa croissance économique de la valeur. Ils n’ont d’ailleurs à la bouche, qu’un mot qu’aurait selon eux légitimé l’oeuvre d’Arendt : le retour à la politique et le renouveau de la philosophie politique. Devant les sirènes médiatiques de cette célébration officielle de Laure Adler au magazine inoffensif Philosophie, en passant par nos décroissants en chef (voir l’article à mourir de rire, « Hannah Arendt, Mère de la décroissance », La Décroissance qui reprend tous les poncifs des bobos à son sujet), Miguel Abensour va déconstruire dans son magnifique ouvrage toute cette hagiographie actuelle pour dégager enfin les véritables traits subversifs de l’oeuvre d’Arendt. « Si on travaille à faire d’Arendt une des plus plus grandes philosophes politiques de notre temps écrit-il, on aboutira très vite à une Arendt canonique, momifiée, pétrifiée qui fonctionnera bientôt comme une autorité pour légitimer les conservatismes existants, qu’il s’agisse de l’éducation ou de la république. Nombreux sont les arendtiens qui préfèrent passer sous silence cette opposition à la philosophie politique pour mieux soumettre Arendt à leurs fins. Inversément, si l’on prête délibérément attention à cette orientation essentielle, à cette ironie, si l’on accueille la force dérangeante, ne s’aperçoit-on pas que cette extériorité est un passage obligé pour accéder à ce qui chez H. Arendt est inclassable, voire scandaleux et ne se prête nullement à une opération de canonisation ? Bref, on augmente ainsi les chances de retrouver “ l’enfant terrible ”, la dissidente dont la pensée par tout un versant pointe vers une idée libertaire de la politique. Qu’il suffise de rappeler ses positions sur Israël dans le grand texte de 1944, Réexamen du sionisme, sa critique de l’Etat-nation, sa critique de la souveraineté, des partis, sa proximité à W. Benjamin. (...) Sachons reconnaître en Arendt un “taon”, une “torpille”, un Socrate moderne, qui jette un ineffaçable soupçon sur la philosophie politique qui jusque-là paraissait être au-dessus de tout soupçon. Tel un empêcheur de penser en rond, elle met son bâton dans les jambes des jeunes gens, et des moins jeunes, qui se précipitent vers les bibliothèques pour faire de la philosophie politique et leur pose la question préliminaire, tourmentante entre toutes : l’oeuvre d’intelligibilité de la philosophie politique est-elle inexorablement condamnée à se transformer en gouvernement des philosophes ? ou bien est-il possible de concevoir une philosophie politique, qui avertie des dérives éventuelles, se limite à comprendre les choses politiques, le bios politikos, sans se convertir aussitôt en un projet de gouverner la multitude (oi polloi), au nom de la philosophie ? » (p. 259- 260). Nos actuels parangons de la « renaissance de la politique » chez les altermondialistes, et notamment parmi les illusionnés politiques de la décroissance (comme l’étatiste J.-P. Lambert, le très jacobin P. Ariès, ou le planificateur en chef B. Guibert, sans parler des zozos escargophiles du PPLD) en passant par Laure Adler et « Gugus Ier », ont donc en réalité rien à voir avec le souffle subversif de la parole d’ Hannah Arendt. Voilà la revigorante et principale démonstration rigoureuse et très bien documentée de l’ouvrage de M. Abensour. Car « l’homme est apolitique » démontre Ardent, car la politique n’a rien de substanciel, elle est simplement relation, et elle n’apparait pas du tout du fait que les hommes vivent ensemble. Et justement dans ce XXe siècle où l’on a vu « l’expérience de la politisation totale » remarque-t-elle, « la politique a-t-elle finalement encore un sens ? » (Qu’est-ce que la politique ?). Une question subversive que tous les gogos d’Hannah Arendt ne reprendront bien évidemment jamais, tellement ils ne sélectionnent dans son oeuvre que ce qui conforte les justifications de ce qu’ils sont devenus. Mais pour Arendt, « cette question se pose inévitablement du fait du développement monstrueux des capacités modernes d’anéantissement dont les Etats ont le monopole, développement qui aurait été impossible sans ce monopole d’Etat, mais surtout dont surtout dont l’application n’est possible qu’à l’intérieur du domaine politique. Il ne s’agit plus ici seulement de la liberté de la vie, de la continuité de l’existence de l’humanité, voire peut-être de toute vie organique sur terre [ici, Arendt fait un clin d’oeil au De la bombe (1956) de son ancien mari G. Anders]. La question qui surgit ici rend toute politique suspecte, elle fait apparaître comme douteuse la compatibilité de la politique et du maintien de la vie dans les conditions modernes, et elle espère secrètement que les hommes se rendront à la raison et se débarrasseront d’une manière ou d’une autre de la politique avant qu’elle ne les fasse tous périr. Mais l’on pourrait objecter que l’espoir que tous les Etats dépérissent, à moins que ce ne soit la politique qui disparaisse d’une manière ou d’une autre, est utopique, et il est probable que la plupart des gens seraient d’accord avec cette objection. Cela ne modifie pourtant en rien cet espoir et cette question » (Qu’est-ce que la politique ?, Seuil, 1995, p. 65-66). On reconnaît bien là Hannah Arendt dans Sur la Révolution (Gallimard, 1967). Contre les partis politiques et leur démocratie parlementaire où il n’y a plus que des représentants professionnels qui finalement ne représentent plus que eux, tellement à chaque vote de protestations, on dirait que les électeurs n’ont pour seule envie que de faire sauter ce système, Arendt ressaisit une autre forme spécifique du politique - aussi vieille que les partis politiques mais toujours refoulée dans l’histoire. Au travers des « wards » jeffersoniens de la révolution américaine, des clubs révolutionnaires, de la Commune de Paris, des soviets de 1905 ou des conseils hongrois de 1956, c’est donc la forme-conseil, impensée dans sa diginité et sa résurgence systématique, véritable forme de « gouvernement » voulue et exercée par le peuple, qu’Arendt veut promouvoir, et qui forme son « utopie réelle » politique. Et en 2001, lors de l’insurrection algérienne contre l’Etat et son monde qu’a su mettre en perspective de façon stimulante Jaime Semprun (Apologie pour l’insurrection algérienne, Encyclopédie des nuisances, 2001) ou encore Oaxaca en 2006, Hannah Arendt, philosophie de l’autonomie, n’aurait été pas peu fière des libertaires, car la liberté est encore bel et bien devant nous. C.H.
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Comité invisible, L’insurrection qui vient , La fabrique, 2007. Rien ne manque au triomphe de la civilisation. Ni la terreur politique ni la misère affective. Ni la stérilité universelle. Le désert ne peut plus croître : il est partout. Mais il peut encore s’approfondir. Devant l’évidence de la catastrophe, il y a ceux qui s’indignent et ceux qui prennent acte, ceux qui dénoncent et ceux qui s’organisent. Le comité invisible est du côté de ceux qui s’organisent. Dans ce cadre ce livre fait vraiment une très pertinente analyse de l’indignation infantile d’une certaine écolo-moralo-décroissance qui a largement court chez tous les écologistes en général, les anti-publicitaires et le journal La Décroissance en particulier. Cet éthos écologiste de l’indignation était déjà critiqué par Charbonneau comme étant le manque de maturité des écologistes, véritable trait structurel de ceux-ci depuis les années 1910 - et il faudrait même pour lui, remonter aux racines de cet éthos écologiste dans le romantisme et le naturalisme allemands. On peut lire le chapitre 5, « Moins de biens, plus de liens » de cet ouvrage important, qui se rapporte à cette si particulière dé-croissance écologiste (et non à l’a-croissance des athées de l’économie) qui n’apporte que la gestion morale de l’économie sous les formes combinées du pack 2 en 1 de l’Omo-micro Ecologisius : Simplicité volontaire + Ecologie moralo-politicarde (avec ses « limites », son « autolimitation », sa sobriété, ses petits gestes éco-citoyens, ses écolo-taxes, ses RTT afin de pousuivre le travail dans les loisirs, et ses consom’acteurs décroissants). C.H.
Louis Janover, La démocratie comme science fiction de la politique , éditions Sulliver, 2007. Le présent livre réunit deux textes qui visent à confronter la théorie, la science de la démocratie, à ses pratiques qui la finit apparaître comme une fiction. Comment l’égalité abstraite entre les citoyens eus peut-elle s’accommoder de l’inégalité féroce qu’introduisent dans les faits les différences de condition sociale et de richesse, problème que l’histoire devait illustrer de manière sanglante chaque fois que les démocrates ont tenté de faire entrer la démocratie dans la réalité conformément à cette promesse. Si bien que l’on peut dire que la démocratie s’est révélée le plus grand ennemi des démocrates et qu’elle a pour première fonction de les empêcher d’aller jusqu’au bout de la démocratie. (présentation de l’éditeur)
SORTIR DE L’ECONOMIE.
- Ingmar Granstedt, Du chômage à l’autonomie conviviale , aux éditions A plus d’un titre (Lyon). Le texte date de 1982 mais reste d’une actualité impressionnante, bien que l’oeuvre de cet auteur soit toujours et encore traversée par un économisme puissant (Ainsi la seule concurrence semble à l’auteur la cause de tous les problèmes globaux. On reste là dans les perspectives autogestionnaires en vogue dans les années 70, aujourd’hui totalement dépassées par les courants actuels de la critique). Cette brochure qui peut être stimulante au niveau de certaines pratiques et d’une démarche générale intéressante, doit donc être aussi soumise à la critique contemporaine. Pour commander cet ouvrage au prix de 9,60 euros. On peut espérer puisque que M. Granstedt avait demandé à ce que son dernier ouvrage (La Folle concurrence) soit directement disponible en ligne sur le site de La Ligne D’horizon, cette brochure soit également disponible sous la même forme. C. H.
Jacques T. Godbout, Ce qui circule entre nous : Donner, recevoir, rendre , Seuil, 394 pages, 22 e. La pensée dominante assure que ce qui circule entre les hommes se définit essentiellement par l’échange marchand. Or le lien social n’est pas seulement fait de calculs et d’intérêts réciproques. Fondateur de la pensée libérale, Adam Smith l’avait pressenti il y a deux siècles, et avançait le concept de sympathie, puissant ressort de l’action humaine que les neurosciences mettent aujourd’hui en évidence. Plus tard, c’est Marcel Mauss qui posera les bases théoriques d’une véritable pensée du don.
Sur le bénévolat, le don d’organes, certes ; mais aussi sur la famille, l’art, la justice et même, pourquoi pas, la rationalité instrumentale ; sur la théorie des jeux et l’analyse stratégique, que nous apprend aujourd’hui ce modèle du don ? Pourquoi le don est-il toujours et partout présent ? Même quand, apparemment, il n’a plus de raison d’être, nous constaterons qu’il est là, malgré tout. Car le don ne se réduit pas à la bienveillance qui fonde la morale, ni à la pitié ou la compassion de Schopenhauer décriée par Nietzsche. Le don est dangereux, comme le rappelle ce mot de Confucius : "Pourquoi m’en veux-tu autant ? Je ne t’ai pourtant rien donné."
Le don fait appel à une multitude de "passions" : honneur, prestige, image de soi... En se bornant à étudier la seule circulation marchande, les théoriciens du libéralisme occultent tout un pan de la réalité sociale et contribuent, sans le vouloir, à la désespérance générale.
Fruit de dix années de recherches, cet ouvrage, en s’intéressant aux échanges humains qui ne passent pas par le marché ou la redistribution publique, veut nous aider à mesurer les limites de la mondialisation marchande. (présentation de l’éditeur)
Christian Laval, L’homme économique : Essai sur les racines du néolibéralisme , Gallimard, 396 pages, 24 e. Le néolibéralisme entend triompher partout dans le monde comme la norme unique d’existence des êtres et des biens.
Il n’est pourtant que la pointe émergée d’une conception anthropologique globale qu’au fil des siècles l’Occident a élaborée. Celle-ci pose que l’univers social est régi par la préférence que chacun s’accorde à lui-même, par l’intérêt qui l’anime à entretenir les relations avec autrui, voire l’utilité qu’il représente pour tous. La définition de l’homme comme "machine à calculer" s’étend bien au-delà de la sphère étroite de l’économie, elle fonde une conception complète, cohérente, de l’homme intéressé, ambitionnant même un temps de régir jusqu’aux formes correctes de la pensée, à l’expression juste du langage, à l’épanouissement droit des corps.
Cette anthropologie utilitariste, fondement spécifique de la morale et de la politique en Occident, fait retour avec le néolibéralisme contemporain sous des formes nouvelles.
En retraçant, dans un vaste tableau d’histoire et de philosophie, les racines du néolibéralisme, Christian Laval donne à voir la forme, le contenu, la nature de la normativité occidentale moderne telle qu’elle s’affirme aujourd’hui dans sa prétention à être la seule vérité sociale, à se poser en seule réalité possible. (présentation de l’éditeur)
François Partant, La Ligne d’horizon. Essai sur l’après-développement , L’harmattan, 2007. Dans ce livre posthume, initialement publié en 1988, François Partant répondait avec rigueur et inventivité à des questions essentielles qui n’ont rien perdu de leur actualité : comment l’idéologie du progrès, née en Occident, s’est-elle diffusée sur toute la planète ? Comment a-t-elle conduit à des politiques de développement ayant souvent des effets désastreux pour les hommes ? Depuis quand la crise économique a-t-elle modifié profondément les règles du jeu international ? Quelles sont les ruptures nécessaires pour enrayer l’exclusion de populations de plus en plus nombreuses et pour redonner de l’humanité aux relations sociales ? La Ligne d’horizon est un peu le testament politique d’un fin connaisseur de deux milieux trop fréquemment étanches l’un à l’autre, auxquels François Partant s’était toujours intéressé : celui de la haute banque et des sphères du pouvoir et celui des paysans, artisans et chômeurs, tant dans le tiers monde que dans les pays industrialisés. La Ligne d’horizon, c’est également celle qu’on entrevoit depuis nos Etats industriels développés et qui nous signale les changements à venir. (présentation de l’éditeur)
Marshall Shalins, La découverte du vrai sauvage et autres essais , Gallimard, 2007. Le domaine de prédilection de l’anthropologue Marshall Shalins, c’est le Pacifique : les îles Fidji, la Polynésie, Hawaii. Tous les essais réunis dans ce volume posent le problème de la rencontre des cultures de cette région avec le capitalisme dans ses versions européennes et américaines.
La thèse générale consiste, contrairement au courant rousseauiste qui ne voit que le côté destructeur de cette rencontre, à montrer comment ces peuples réagissent à l’arrivée des armes et des marchandises, en adaptant leurs institutions et en assimilant les rapports extérieurs dans un cadre qui prolonge leurs traditions. Plusieurs de ces essais sont de petits chefs-d’œuvre par l’art de l’exemple, la souplesse du style, l’humour et l’absence de démagogie tiers-mondiste. Le tout pose la grande question de la possibilité d’une histoire universelle aujourd’hui. Elle donne à tous ces essais d’anthropologie une dimension inhabituelle. (présentation de l’éditeur)
SORTIR DE L’ECOLOGISME.
- Guy Bernelas, La Robe de Médée. Considérations sur la décimation des abeilles , hiver 2006, à compte d’auteur. Pour commander cet ouvrage que l’on ne retrouve pas en librairie, il faut envoyer un chèque à l’ordre de la librairie l’Ange bleu de 11, 90 euros. Librairie L’ANGE BLEU. Ses coordonnées. Adresse : 7 RUE SAULNERIE 41100 VENDOME FRANCE. Téléphone : 02 54 23 62 74. Fax : 02 54 67 17 05 (Adresse électronique : librairielangebleu(Arobase)wanadoo.fr ). Pour lire le compte rendu de cet ouvrage par Deun. Pour lire un extrait de cet ouvrage qui pose de véritables questions critiques aux propositions soutenues par Serge Latouche. C.H.
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Le numéro 18 (printemps 2007) de la revue Réfractions, recherches et expressions anarchistes, porte sur « Ecologie, graines d’anarchie » , 12 e. Enfin une approche de la décroissance qui allant vers le paradigme de l’autonomie et de l’auto-organisation, rompe totalement avec la technocratie d’Entropia (qui a délibérément décidée de discutailler avec les comiques altermondialistes de Gorz à Guibert et Harribey ; et de se vautrer dans la réflexion sur des propositions de politiques publiques) et l’universalisme chrétien de La Décroissance. D’ailleurs d’emblée l’éditorial du numéro annonce clairement la couleur : « la rhétorique de la croissance durable n’est qu’un écran de fumée. La croissance continue supposée par le capitalisme ne sera jamais durable ! Mais un discours sur la décroissance qui suggérerait que tout le monde doit resserrer sa ceinture de quelques crans, les exploités comme les exploiteurs, serait inacceptable : prendre au sérieux la crise de l’environnement exige donc de remettre en question non seulement la croissance, mais aussi le capitalisme » (p.3). On regrette pourtant que cette revue en reste toujours à une bécasse critique du capitalisme, sans en venir à une critique de l’économie tout court (cf. de Jappe, Guy Debord, Denoël, 2000 ou Les Aventures de la marchandises, Denoël, 2003. Et plus encore Michel Henry, Marx, 2 tomes, Gallimard, 1991, 1976). Mais passons. Face aux problèmes environnementaux, longtemps niés ou minimisés, les États, les groupes industriels et financiers proposent une « croissance durable » que l’on sait non viable. Un « capitalisme vert » vient transformer en profits les préoccupations écologiques des populations. Peut-on imaginer des réponses non technocratiques, non autoritaires à la crise écologique majeure d’aujourd’hui ? Dans cette perspective stimulante que ne se sont jamais posés les zozos de la décroissance, Réfractions analyse des expériences et explore des pistes (un long article très bien fait sur l’expérience de « Longo Maï ») montrant que les exigences de la sauvegarde de l’environnement et celles du changement social vont de pair. Pierre Sommermeyer revient dans un article sur la question centrale d’un risque technocratique au sein de la mouvance-auberge espagnole de la « décroissance » : « Etat vert et capitalisme vert sont les alliés qui mettront en place une décroissance inégale, imposée et désirée » (p. 62). Et c’est peu dire que certains parmi les décroissants, ont déjà retroussé bien haut leurs manches. En effet, les prises de positions planificatrices de Bernard Guibert, politiciennes du journal La Décroissance, ou encore les politiques publiques du PPLD, le revenu maximum de décroissance d’Hervé Kempf, comme les écolo-taxes ou les solutions proposées par François Schneider et plus encore par Serge Latouche (on verra dans l’ouvrage de Guy Bernelas ici signalé, les critiques qui sont faîtes à cet auteur), sont marquées par un idéalisme politique quand ils ne font pas que réclamer des mesures radicales qui nécessiteraient un Etat fort (cf. l’excellent article de C. Tarral et notamment sa version revue dans le n°7 de Notes et Morceaux choisis) qui contraindrait la croissance économique et organiserait une sorte d’économie de survie déjà réclamée en 1974 par « l’ex-technocrate » René Dumont, comme disait Bernard Charbonneau. Pour résumer ce que serait la société de décroissance selon nos idéologues : le pays de la joie technocratique de vivre ! B. Charbonneau déjà dans le Feu vert disait que cette sur-organisation écologiste de l’économie aurait pour prix celui de la perte de liberté. Denis Baba - seule personne qui semble désormais cohérente et sensée au sein de la mouvance décroissance - dans son dernier article de La Décroissance, allait même jusqu’à remettre en cause la très sainte idée technocratique chère à S. Latouche, de « l’internalisation des coûts environnementaux » dans le calcul de la valeur des marchandises (ce qui ne ferait en effet que prolonger la religion de l’économie). Et c’est peu dire que l’idée de l’internalisation est depuis toujours la tarte à la crème de « l’écologie machinique », comme disait Guattari. Ce dernier dans Les trois écologies, ne pouvait aussi que s’étonner de voir les écologistes défendre l’idée d’un « revenu garanti » ou d’un « revenu d’existence », qui ne feraient que renforcer de manière technocratique l’intégration des gens à la Méga-machine techno-économique. En voulant sauver la planète, l’écologie politique est (oui) bel et bien sur le fil du rasoir technocratique. Et l’enfer sur-organisationnel comme disait Charbonneau, est bien pavé des meilleures intentions écologistes. Mais ce numéro aborde aussi la critique anti-industrielle et notamment celle des nécrotechnologies avec une percutante interview avec Pièces et Main d’Oeuvre. On notera aussi un intéressant article de Martial Lepic, « Le yaourt ou la yourte : écologie, transports et décroissance », même si encore une fois dans ce numéro, éclate au grand jour le peu de réflexion sur « l’invention de l’économie » et sa nécessaire réfutation. Ainsi l’auteur après avoir décortiqué la place des transports dans les échanges, n’en appelle finalement qu’à « repenser les échanges pour qu’ils agissent dans la rupture avec ce système fondé sur les flux, pour l’opposer à des pratiques qui retrouveraient le sens du stock [Waaa ! les stocks c’est la révolution !], moyen privilégié de la nature pour gérer l’aléa fondamental du temps dans le rapport à son environnement ». Là encore on croit rêver quand on appelle bêtement à la « gratuité du transport des marchandises et du transport collectif », vieille scie de la FA. L’interdépendance échangiste capitalistique se passerait en effet très bien des coûts de transport s’ils étaient pris en charge par la collectivité autogérée par la classe managériale (car notre auteur croit encore à l’auto-gestion de l’économie). Dans ce numéro on notera aussi un « In Memoriam » à M. Bookchin, et des recensions des derniers livres de Silvia Perez-Victoria (Les Paysans sont de retour, par Claude Llena, le mouton noir d’Entropia) et d’Hervé Kempf (Comment les riches détruisent la planète et comment Hervé se paye notre gueule avec un livre qui vaut que dalle, Seuil, 2007). La recension compatissante de ce dernier ouvrage qui ne propose pas moins qu’un « revenu maximal admissible » dans la ligne de Gorz et du « revenu maximum de décroissance » des Casseurs de Pub, quand il ne repose pas sur un vide qui tient pour analyse de l’économie (comme Veblen, Kempf, Latouche, Ariès et cie, ne veulent pas critiquer les catégories de base de la production en elle-même. Pour eux, la production ne doit plus être illimitée car aujourd’hui, « la production est suffisante, la question qui se pose à l’économie porte sur les raisons et les règles de la consommation » (H. Kempf). Vive la consommation, à bas le consumérisme ! Vive la croissance, à bas la surcroissance ! : voilà la tarte à la crème des Casseurs de Pub depuis des années. Et le petit peuple des antipub, ils adorent), exprime d’ailleurs l’éternel confusionnisme ambiant des anarchistes de cette revue sur la question de la critique de l’économie tout court (revue pourtant stimulante sur bien d’autres sujets). Cependant la critique d’une certaine décroissance aujourd’hui totalement dominante, fait de ce numéro de la revue une réussite, puisqu’elle aborde des questions de front que la grande majorité des « décroissants » veulent encore faire l’autruche face à ces interrogations centrales, quand Entropia et l’entreprise Parangon-copains-et-cie ne censurent tout simplement pas tout point de vue divergent : Réfractions remet ainsi clairement les pendules à l’heure et des limites à la décroissance comme à la croissance, et il était grand temps. C.H.
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Association contre le nucléaire et son monde, Histoire lacunaire de l’opposition à l’énergie nucléaire en France , Editions de La Lenteur, 2007. Après le n°7 de la revue Notes et Morceaux Choisis, voici le deuxième livre des jeunes éditions de La Lenteur qui est fraîchement sorti de l’imprimerie. L’opposition au nucléaire à partir des années 1970, a certainement permis d’identifier et de départager au mieux parmi les innombrables écologistes, ceux qui allaient finir par verser dans l’écologie politicienne, citoyenniste et courber l’échine devant l’Etat, sa police et sa démocratie-des-bouches-cousues ; et ceux qui étaient bel et bien décidés à bavés dans cette soupe là. La mouvance des « autonomes » avec l’usage de la violence délibérée comme outil politique, faisait dorénavant parti du paysage et de la contestation sans concession du ravage de la Terre et de son nucléaire. Les écologistes non-violents qui donneront lieu à la fondation du magazine S !lence (on se couche !) (avec le maître de sagesse Michel Bernard, un pro-NégaWatt et pro-éoliennes industrielles, qui n’a toujours pas appris à lire), eux, comme Lanza del Vasto qui appelait devant les charges violentes de CRS à Malville, à être gentil et à se replier, n’en finissaient pas de ramper bientôt vers les urnes et les petits gestes-citoyens pour la planète. La peur de la violence des charges de CRS faisait en effet accepter à M. Del Vasto, la violence du pouvoir et du nucléaire (on verra notamment le témoignage d’un prêtre anarchiste contre l’attitude de Del Vasto à Malville, que Jacques Ellul a mis en annexe de son ouvrage, Anarchie et christianisme, La Table ronde, 1988, 1998). Cet ouvrage dresse donc l’histoire de ces luttes contre le nucléaire, qui fut par rapport aux autonomes, aussi celle des reculades formidables de l’écologie pitoyable, non-violente parce que déjà gestionnaire et simplement machinique (mais ils ne voulaient pas encore se l’avouer). Cette opposition au citoyennisme écologiste, refaisait encore surface lors des luttes contre les OGM à la fin des années 1990, dans l’opposition de l’enragé anti-industriel René Riesel, à la fausse conscience du citoyen José Bové (voir René Riesel, Déclarations sur l’agriculture transgénique et ceux qui prétendent s’y opposer, Encyclopédie des nuisances, 2000) ou encore dans la manifestation « Contre Minatec et son monde » en juin 2006 à Grenoble. Une recension de cet ouvrage sera faite sur decroissance.info ou sur 1.libertaire, dans les mois qui viennent. Au sommaire de l’ouvrage : Le Manifeste du 6 décembre 1975 ; Les mythes décisifs. Aux écœurés de Malville ; Plogoff occupé ; Un récit de la lutte contre la centrale nucléaire de Chooz B ; Plateforme du comité des « Irradiés de tous les pays unissons-nous » ; Chronique de la résistance des populations opposées au projet de cimetière nucléaire souterrain en France ; Du mensonge radioactif et de ses préposés. Vous pouvez commander cet ouvrage chez votre libraire ou le commander directement aux éditions de La Lenteur, 127 rue Amelot, 75011 Paris ; le prix est de 15 euros franco de port. Bonne lecture ! C.H.
Descola P., Par delà nature et culture , Gallimard, 2006. Un vrai pavé dans la gueule des écologistes, environnementalistes, naturalistes et décroissants développementistes, comme dans celle des sociétés de croissance. Seul l’Occident moderne s’est attaché à classer les êtres selon qu’ils relèvent clos lois de la matière ou des aléas des conventions. L’anthropologie n’a pas encore pris la mesure de ce constat : dans la définition même de son objet - la diversité culturelle sur fond d’universalité naturelle, elle perpétue une opposition dont les peuples qu’elle étudie ont fait l’économie. Peut-on penser le monde sans distinguer la culture de la nature ? Philippe Descola propose ici une approche nouvelle des manières de répartir continuités et discontinuités entre l’homme et son environnement. Son enquête met en évidence quatre façons d’identifier les " existants " et de les regrouper à partir de traits communs qui se répondent d’un continent à l’autre : le totémisme, qui souligne la continuité matérielle et morale entre humains et non-humains ; l’analogisme, qui postule entre les éléments du monde un réseau de discontinuités structuré par des relations de correspondances ; l’animisme, qui prête aux non-humains l’intériorité des humains, mais les en différencie par le corps ; le naturalisme qui nous rattache au contraire aux non-humains par les continuités matérielles et nous en sépare par l’aptitude culturelle. La cosmologie moderne est devenue une formule parmi d’autres. Car chaque mode d’identification autorise des configurations singulières qui redistribuent les existants dans des collectifs aux frontières bien différentes de celles que les sciences humaines nous ont rendues familières. C’est à une recomposition radicale de ces sciences et à un réaménagement de leur domaine que ce livre invite, afin d’y inclure bien plus que l’homme, tous ces " corps associés " trop longtemps relégués dans une fonction d’entourage. (présentation de l’éditeur)
John Clark, Introduction à la philosophie écologique et politique de l’anarchisme , Atelier de création libertaire, 2002, réédition en 2007, 82 pages, 4 e. Face à la crise des idéologies de droite comme de gauche, les trois essais que nous proposons dans cette brochure (Qu’est-ce que l’anarchisme ?, La politique de la libération : de la classe à la culture, L’anarchisme et la crise mondiale actuelle) ouvrent une autre perspective : le communautarisme anarchiste, à propos duquel, tôt ou tard, doit s’interroger tout écologiste et tout théoricien de la libération. Mais aussi question pour toute philosophie alternative à la politique de l’autruche qui consiste à ne réagir qu’au coup par coup au lieu de décider d’orienter son destin. (présentation de l’éditeur)
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Thierry Paquot, Utopies et utopistes , La Découverte, coll. Repères, 2007, 123 pages. C’est avec la parution, en 1516, de l’ouvrage de Thomas More, L’Utopie, que se répand l’usage du mot et que naît un genre littéraire qui conjugue critique sociale et description d’une société plus juste. Avec l’utopie, il ne s’agit pas d’un futur meilleur mais d’un ailleurs présent, où règnent le bonheur, l’équité et l’abondance. Thierry Paquot explore diverses utopies écrites ou pratiquées à partir de thèmes privilégiés : le travail et les loisirs ; l’éducation ; la famille et les relations amoureuses ; la ville et l’architecture. L’utopie s’associe au cours du XIXe siècle à l’uchronie, puis à la science-fiction, pour proposer des alternatives à la " société de consommation ". L’utopie cache le pire et le meilleur, elle sait être autoritaire, totalitaire, ascétique, triste et uniformisante, comme elle peut favoriser le déploiement des désirs, multiplier les plaisirs, répondre joyeusement aux attentes de chacun. Ce sont ces paradoxes qu’expose cet ouvrage pédagogique tout en présentant au lecteur les œuvres de More, Bacon, Fénelon, Diderot, Sébastien Mercier, Owen, Saint-Simon, Fourier, Bellamy, William Morris et bien d’autres " sublimes rêveurs ". W. Morris est ainsi considéré par Paquot comme un « précurseur de la décroissance » (l’a-croissance en fait), à l’inverse de l’utopie mégalomaniaque et étatico-technocratique de celle de Bellamy dont se réclame certains écologistes de la décroissance, comme le distributiste étatiste Jean-Paul Lambert et sa revue Prosper. C.H.
LA CRITIQUE « ANTI-INDUSTRIELLE » DE LA TECHNO-SCIENCE.
PMO, La tyrannie technologique : critique de la société numérique , éditions L’échappée, avec Cédric Biagini, guillaume Carnino, celia Izoard, 2007, 11 euros (dont nombreux font partie d’OLS, Offensive libertaire et sociale, et à sa revue Offensive). Après le travail et le sommeil, la troisième activité des Occidentaux est de regarder la télévision. 80% de la population française possède un téléphone portable contre moins de 5% dix ans plus tôt. Créée en 1998 dans un garage, la société Google est aujourd’hui cotée en bourse et valorisée à plusieurs milliards de dollars. Au cours des dix dernières années, les ventes d’antidépresseurs ont doublé. Les nouvelles technologies, fer de lance et alibi d’une industrie obsédée par la rentabilité, participent chaque jour un peu plus à la destruction du lien social et à la disparition des formes anciennes de sociabilité, d’organisation du travail et de la pensée. Leur diffusion massive et leur omniprésence posent les bases d’une véritable mutation anthropologique comparable à l’apparition de l’écriture. Si l’alphabétisation fut bien souvent la compagne de l’émancipation, les technologies contemporaines préparent et organisent un monde fondé sur la vitesse, l’immédiateté, la superficialité, le profit et la mort. Ecrit par plusieurs auteurs tirant leurs réflexions de leurs travaux militants ou universitaires, La Tyrannie technologique dresse un panorama lucide et percutant de l’emprise des nouvelles technologies sur notre vie quotidienne. (présentation de l’éditeur)
Giorgio Agamben, Qu’est-ce qu’un dispositif ? , Rivages, 2007, 50 p., 5 euros. Les dispositifs où se nouent désormais nos existences - du téléphone portable à la télévision, de l’ordinateur à l’automobile - ne se trouvent pas face à l’homme comme de simples objets de consommation. Ils transforment nos personnalités. La question devient alors : quelle stratégie devons-nous adopter dans le corps à corps quotidien qui nous lie aux dispositifs ? (quatrième de couverture)
IDEOLOGIES DU PROGRES.
Pierre-André Taguieff, Les contre-réactionnaires : Le progressisme entre illusion et imposture , Denoël, 2007, 620 pages. Ce livre est l’histoire d’une illusion devenue escroquerie : l’idéologie du progrès, ou progressisme. Il montre comment fut dévoyée une authentique pensée de l’émancipation pour devenir l’alibi d’entreprises politiques parfois criminelles. La grande simplification eut lieu dès le milieu du XIXe siècle. où le progressisme se figea en une utopie futuriste et scientiste tournée vers les " lendemains qui chantent ". Dès lors. l’idéal de la libération de l’humanité, comme celui d’un bonheur pour tous dans une société plus juste, subit une falsification dévastatrice dont le stalinisme fut le point culminant. Parallèlement, le progressisme n’a jamais cessé de justifier le productivisme et le culte de la croissance, responsables de la vandalisation de la planète. Le terrorisme intellectuel s’exerce aujourd’hui au nom de l’antifascisme, forme faible du progressisme, dans laquelle la visée d’émancipation a été remplacée par la pratique de la dénonciation. Lorsque l’antifascisme n’a plus de vrais fascismes à combattre, les campagnes de délation suppléent aux luttes de libération. Les nouveaux progressistes se contentent de faire la chasse au Mal politique, incarné par les " puissants ", les " dominants " et les " réactionnaires ". Ils ne prétendent plus " créer l’homme nouveau " ni " changer la vie ", ils se donnent pour seule ambition de barrer la route à la " réaction " ou à la " barbarie " dont le nouveau nom est l’Amérique, avec son " impérialisme " et son " libéralisme sauvage ". et bien sûr son diabolique allié, le " sionisme international ". Leur stock de slogans s’est enrichi de la mise en accusation des " néo-réacs ". Un nouveau conformisme s’est installé... Renouvelant en profondeur l’histoire des idées politiques, cet essai met au jour d’étranges filiations entre les totalitarismes d’hier et les pseudo-résistances d’aujourd’hui. (présentation de l’éditeur)
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Alliance des ultra-sceptiques optimistes, Matrice téléologique et De l’hypothèse à l’hypostase , Belles Emotions, 2007, 9 euros. Le premier texte est disponible en ligne sur le site des téléologues ouverts. Voici une bien stimulante critique de la notion d’infini (et donc d’illimité). On sait que la décroissance dans sa critique du progressisme pousse à cette remise en cause du sens eschatologique de l’histoire et de son idéologie du progrès, et aucun groupe d’ultra-gauche (ici de tendance post-situationniste), à ma connaissance, n’a autant porté la critique sur ce sujet que ne l’ont fait un groupe de théoriciens appelait les « téléologues ouverts ». Certains n’ont pas envie de les prendre au sérieux, ou alors considèrent que l’objet de leur critique est seulement « secondaire ». Or, et quelque soit les thèses que vont postuler les téléologues pour réfléchir à leur objet (car on est pas forcément d’accord avec leurs présupposés, mais on reconnaît que la critique de ce sujet-objet, est aujourd’hui centrale. On verra pour anecdote les réflexions de Jean-Marc Mandosio - que nous ne partageons pas totalement ou plutôt en un tout autre sens - à propos des téléologues, dans Après l’effondrement. Notes sur l’utopie néotechnologique, Encyclopédie des nuisances, 2000), ce débat sur cet objet devrait retenir et mériter l’attention de tous (et d’ailleurs des « décroissants », même si la grande majorité d’entre eux est évidemment au dessous de toute critique). Au moins pour en débattre et s’approprier ce thème aujourd’hui primordial car peu dégagé (et c’est peu dire, qu’à plusieurs reprises, on voit que les téléologues pataugent à l’aveuglette dans ce sujet - ce qu’ils reconnaissent -, mais ce n’est là finalement que la responsabilité de l’ensemble de la critique radicale qui brille depuis toujours, sur ce sujet, par sa totale absence). Car quel est l’objet de leur critique ? « Une critique radicale de la notion d’infini », de l’illimité... Voilà qui curieusement rejoint certains objets de réflexion de la décroissance. A travers cette critique de l’infini, c’est bien entendu l’idée de progrès, de sens de l’histoire, etc., qui est mis en cause. Cependant la différence majeure entre les téléologues et la manière dont certains décroissants répondent à la question de l’illimité en voulant simplement poser des « limites » et des « auto-limites », c’est-à-dire en restant dans une vision moralisante de toujours la même vision de l’infini (on lira l’article à dormir debout de J.-C. Besson-Girard sur les pompeux « Fondements philosophiques à une auto-limitation », dans Entropia, n°1), les téléologues, eux, veulent réfuter radicalement la vision de l’infini, par justement leur proposition téléologique : « tout à une fin ». On est donc loin du « tout à une limite ou doit en avoir » des décroissants (de leur vision entropique débile ou utilitariste, qui comme chez le petit père Georgescu-Roegen, ramène tout à une cybernétique énergétique, etc.). Les téléologues se mettent carrément hors du champs de l’infini, alors que les décroissants veulent simplement moraliser et limiter ce champ afin de le gérer en bon père de famille. La force des téléologues, c’est qu’il ne font pas seulement une critique de l’infini, ils avancent carrément une matrice pouvant s’opposer et remplacer la matrice progressiste de l’illimité. Et c’est cela par rapport aux décroissants, qui est très intéressant comme démarche. Un ouvrage auquel on pourrait faire de lourdes réserves (constructionnisme, fausse analyse de l’aliénation - comme celle de M. Voyer -, etc. Je reprends personnellement celle qu’a exprimé Michel Henry dans les 2 tomes magnifiques de son Marx, Gallimard, 1976, qui à part chez les éditions Sulliver qui ont publié récemment une série d’entretiens avec ce phénoménologue, ou les revues Contre Temps et Prétentaine, brille encore par sa totale absence dans l’essentiel du monde post-situationniste), mais de toute façon extrêmement stimulant. Ouvrons le débat ! C.H.
Salut Clément,
C’est bien de lire et de commenter, très bien. Tes commentaires donnent peu envi de les lires (tes commentaires) et encore moins de lire les livres dont tu fais le commentaire. Sans doute les uns et les autres sont ils pourtant très interessants.
Il te faut réfléchir à ça pour pouvoir toucher autrui.
Une des bonne école pour apprendre à toucher autrui c’est de pratiquer les collectifs (de préférence unitaire antilibéral, pour une agriculture sans OGM, Antidélation etc...) ou de s’investir dans des listes alternatives pour les municipales par exemple. Je te les conseilles.
De plus, par expérience, c’est là que l’on peut diffuser les idées philosophiques qui pourraient sous tendre des actions collectives vers une mise en pratique réelle d’une opposition/alternative au cheminement actuel de la planète. Et avec d la patiente on y parvient sans mal : nos camarades sont en fait très avide d’une parole un peu proffonde qui sorte du va t’en guerre habituel hérité des luttes de classes binaires (elles sont utiles mais pas suffisantes). Et je dis pas "philosophie politique", je dis "philosophie", celle que l’on peut aborder dans Philo Mag par exemple.
Je dis cela en amitié ; en effet NOUS AVONS BESOIN DE NOURRIR LE REEL autant QUE NOUS AVONS BESOIN DE NOUS NOURIR DU REEL, et ça c’est dans la collectivité que ça se fait.
Donne nous des nouvelles de ce qui se passe dans ta ville, des actions auquelles tu participes et donc des échecs ou des succès de tes tentatives de transmettre une pensée philosophique. On partagera les notres aussi et ainsi on grandira ensemble sur le chemin d’une "NOUVELLE PHILOSOPHIE DE LA LUMIERE"
Amitiés,
gérald GARCIA, militant pour la décroissance, Aude ppld11.garciagerald (a) free.fr
Nous ne serions pas aussi déçus de la note sur la ‘Matrice téléologique’ publiée par Clément Homs sur le site de la décroissance, si ce n’était la première critique publique de ce texte, ce qui ne nous rend pas particulièrement optimistes sur la suite des lectures qu’il va encourir. En effet, comme sa note de lecture presque jointe de ‘L’insurrection qui vient’ le confirme, Homs isole dans ce qu’il lit un point qui intéresse la décroissance, ce qui est légitime, vu son public et son propos ; mais ensuite, il ne se garde pas de l’impression que ce point regardant la décroissance, justement, serait la clé de l’ouvrage dont il parle, ce qui, dans les deux cas, est assurément faux.
L’objet de la ‘Matrice téléologique’ n’est pas une critique de l’infini, comme cet auteur l’affirme. La critique de l’infini est l’objet de la téléologie et non de sa matrice. Cette critique, commencée par la Bibliothèque des Emeutes il y a une quinzaine d’années, a été systématisée par l’observatoire de téléologie il y a dix ans, notamment dans « Réfutation de quelques infinis » et dans l’introduction au tome II de ‘La Naissance d’une idée’. La ‘Matrice téléologique’ se propose un objectif plus ambitieux, où la critique de l’infini, en tout cas la réfutation de toute réalité de l’infini, est simplement un préalable, une hypothèse validée, qui continue bien entendu de sous-tendre l’ensemble de la perspective exposée.
Le propos de cette matrice est d’esquisser le mouvement de la pensée dans l’hypothèse que tout est pensée. Et si tout est pensée, qu’est-ce que la réalité, qui apparaît comme un donné ? La réalité est justement le résultat de ce mouvement de la pensée, la réalité est justement le résultat de la pensée. C’est certainement parce que la réalité de l’infini a pu être niée que des ultra-sceptiques optimistes ont pu en arriver à ces résultats beaucoup plus scandaleux sous leur inoffensive apparence théorique : tout est pensée, et la réalité est un résultat et non un donné. Voilà en effet qui contraint à revoir beaucoup de conceptions fondamentales crues indiscutables. Voilà en outre un horizon pratique fort différent, et autrement urgent que celui derrière lesquelles nos mollesses middleclass se confortent de quelques petites modifications, qui pourraient faire débat chez quelques « décroissants », fussent-ils critiques.
La ‘Matrice téléologique’ est donc, à ce jour, une esquisse d’un projet de l’humanité. Il semble que nous allons, avec un tel projet, un peu plus loin que ce que Clément Homs a réussi à prendre pour objet dans sa critique.
Ce même critique, d’ailleurs, serait bien avisé d’expliquer dans quel autre sens il partage les réflexions du merdeux Mandosio : « On verra pour anecdote les réflexions de Jean-Marc Mandosio - que nous ne partageons pas totalement ou plutôt en un tout autre sens - à propos des téléologues. » En attendant, voici rappelé comment la réflexion du merdosio avait été contredite, non pas seulement sur l’essentiel, mais sur le détail, en 2000, par les téléologues : http://www.teleologie.org/OT/textes/txtmando1.html
In Réactions à quelques notes de lecture (posté le 9 janvier 2008 sur téléologie ouverte)
Merci pour votre correction.
Concernant le débat téléologie - mandosio - téléologie - clément homs, j’espère que clément pourra vous préciser, son avis.