
Quel citadin n’a jamais pensé partir à la campagne pour vraiment savourer le temps, l’espace et le silence ? Si nous pensons qu’un tel retour à la campagne est possible, nous nous posons très vite la question ; pour aller où ? Si nous disposons d’une maison de famille ou sommes très attachés affectivement à une région rurale, nous savons répondre à cette question. Mais dans le cas contraire, nous aimerions savoir si des régions se prêtent mieux que d’autres à un tel retour "aux racines".
Instinctivement, nous pensons aux outils modernes tels que les statistiques ou la cartographie pour nous aider à répondre à cette problématique même si nous savons que ces modes de représentation du réel présentent des limites puisqu’ils le décompose et de surcroit par une approche quantitative. Mais le réel est tellement complexe et insaisissable qu’il est impossible voire osé de vouloir le décomposer. Toutefois, peut être par insolence, j’ai tenté d’apporter quelques éléments de réponses avec ces méthodes.
Le temps est un facteur très important et objectif pour qualifier une région. En effet, selon qu’elle soit particulièrement ensoleillée, pluvieuse, venteuse, humide... on peut l’attribuer de divers qualificatifs : propice ou hostile à telle culture et donc favorable ou non pour l’habitat. J’ai donc retenu l’indicateur des Degré Jour Unifié (DJU) qui est une synthèse de ces divers aspects. Selon la définition de Météo France, « Pour un lieu donné, le Degré Jour est une valeur représentative de l’écart entre la température d’une journée et un seuil de température établi. Il sert en général à évaluer les dépenses en énergie pour le chauffage ou la climatisation ». Autrement dit, plus la valeur est importante, plus une zone est coûteuse en énergie.
Les DJU par département

Nous savons déjà que le sud de la France et notamment le pourtour de la méditerranée est la région la plus ensoleillée de France, il parait donc évident que ce soit la zone la moins gourmande en énergie. Mais cette carte nous apprend qu’en second lieu, l’ouest de la France et même la Bretagne est une zone également assez économique énergiquement au regard du reste de la France. Cela est sûrement dû au Gulf stream. Une des limites de cette carte est que les valeurs départementales sont en réalité les valeurs moyennes d’une seule ville de chaque département. Le temps n’étant pas uniforme dans ces territoires, on peut se demander dans quelles limites cette carte est acceptable ?
Si la terre était un bien public, le facteur du temps suffirait pour choisir une région à vivre mais ce n’est malheureusement pas le cas. La terre présente une valeur qui est de surcroit différente d’une région à l’autre. Il est donc important de prendre en considération cet autre élément dans cette analyse. J’ai choisi de m’intéresser au prix des terres agricoles qui est une donnée facilement accessible.
Le prix des terres agricoles en 2004 par département

Cette carte révèle que les départements du pourtour de la méditerranée ainsi que ceux au nord de Paris sont les plus chers. Par contre, les départements de l’ouest, du sud ouest et la Corse, qui sont assez favorables climatiquement comme nous venons de le voir, ne sont pas les territoires les plus chers. Une des limites de cette carte est que les valeurs sont données pour les terres d’au moins un hectare libres à la vente. On peut donc se demander, comme pour la carte précédente, dans quelle limite ces valeurs sont valables...
Si nous voulons allier ces deux cartes, il est possible d’élaborer une troisième plus synthétique en élaborant un score composite à l’aide des indicateurs précédents. J’ai donc découpé les deux classes de valeurs précédentes en quantiles et je les ai additionnés. Mais cette méthode a pour inconvénient de perdre de la donnée.
L’élaboration d’un score composite à partir des facteurs temps et prix par département

Cette carte montre que la Corse, l’ouest et le sud ouest sont des régions favorables en temps et en prix, comme nous l’avions déjà constaté (plus le département est foncé et plus son score est élevé). Cette carte a donc pour principal avantage de voir d’un seul coup d’œil ces régions.
J’aurai pu inventorier d’autres critères pertinents pour une installation à la campagne et réaliser des scores à partir de plusieurs critères mais je considère que trop d’informations tuent l’information et n’apportent pas de réelle précision. J’ai donc préféré choisir deux critères pertinents selon mon point de vue et m’y tenir.
Nous savons maintenant quelles sont les régions les plus favorables mais l’intérêt de partir à la campagne est d’acquérir une certaine autonomie et notamment vis-à-vis des moyens de transports. Il est vrai que la voiture permet d’aller où nous voulons mais il ne faut pas oublier qu’il est nécessaire de travailler pour la faire fonctionner (achat du véhicule + essence + entretien). L’autonomie la plus totale est de se déplacer à pied mais il faut avouer que nous ne pouvons pas aller bien loin avec ce moyen, ensuite vient le vélo et les transports en communs. A l’échelle de la France, c’est le train qui permet de parcourir de longues distances, j’ai donc imaginé de superposer la carte précédente à celle des gares pour voir si ces mêmes zones sont facilement accessibles. Puisqu’il demande relativement peu d’effort de parcourir 10 kilomètres en vélo à partir de chaque gare, j’ai réalisé des zones « tampons » autour de ces gares. Mais les gares étant aussi dans des zones très denses en habitation, ce qui l’inverse de ce que nous cherchons, j’ai aussi superposé la carte des zones urbaines (points gris).
La carte synthèse

Nous pouvons voir que les régions que nous avons dégagées précédemment sont assez bien couvertes en gares. Les limites de cette carte est que les données ferroviaires proviennent du site internet de RFF, que certaines gares sont désaffectées et que les gares corses ne sont pas répertoriées. Cependant je n’ai pas mise à jour cette base de données car le travail aurait était très fastidieux et le résultat n’aurait pas était tellement meilleur à l’échelle de la France. De plus les zones urbaines de la région de Tour et de Poitiers sont manquantes.
Lorsque nous portons notre intérêt pour une région en particulier, des indicateurs de pollution sont à prendre en compte pour qualifier un lieu. En effet, qui voudrait habiter près d’une voie de chemin de fer, près d’une centrale nucléaire, d’une usine d’incinération, d’une déchetterie ou de lignes à haute tension... ? Il est donc intéressant de faire ces recherches soi même.
Enfin, le facteur « réseau social » peut être déterminant car il est plus plaisant d’habiter près d’amis sensibilisés aux mêmes problématiques que soi et d’échanger avec eux pour faire vivre des lieux.
Bonjour,
Je viens de trouver une carte représentant le prix de l’immobilier par commune en France pour compléter ma carte sur le prix des terres agricoles : http://www.meilleursagents.com/prix-immobilier/#mb=45.14911623279027|2.0379638671875|46.34123949998618|4.4769287109375
Il est toujours sympathique de trouver sur le Net une étude que l’on a fait pour son propre compte (nous sommes en train de nous installer en tant que fermier), même si j’estime que les motivations initiales ne sont pas suffisantes pour mener à bien un tel projet ("savourer le temps, l’espace et le silence").
Dans notre cas, nous cherchons à donner à nos enfants les meilleurs outils pour affronter les années difficiles qui s’annoncent. Bien évidemment, il faudrait commencer par définir l’amplitude des dangers (crise climatique, énergétique, financière, ...) et le temps qu’il nous reste avant de ne plus avoir les moyens de prendre les devants...
Pour faire court, j’estime que le temps qu’il nous reste se compte en années (j’ai classé les dangers par ordre d’importance à mes yeux, le climat étant le plus grave du fait de son inertie, mais je pense que le plus limitant sera l’effondrement de notre système économique dont nous venons de vivre une répétition) et qu’en période de crise il vaut mieux être à la campagne plutôt qu’en ville (conclusion personnelle de l’expérience vécue de mes parents pendant la seconde guerre).
Quand j’ai commencé à m’interroger sur l’endroit le plus approprié pour la survie de ma descendance, mon premier critère a été le climat, ce qui m’a amené à éliminer immédiatement les régions que votre article donne comme les plus favorables (régions du sud et régions côtières). Les premières parce que les sécheresses et les maladies remontent par le sud, les secondes à cause du niveau d’eau des mers et des tempêtes. Ceci dit, et j’en profite pour répondre à un des premiers commentaires, si le but de la migration est de devenir fermier, il faut être conscient qu’il est loin d’être facile d’acquérir une exploitation agricole, d’une part pour des raisons financières mais surtout parce que cette activité est encadrée et qu’il faut obtenir une autorisation préfectorale pour exploiter des terres...
Voilà un résumé hyper-condensé :-D de notre expérience. En espérant que cela permettra à chacun, comme cet article, de faire progresser sa réflexion.
PS : puisque le lien ci-dessous ne semble pas fonctionner ; Devenir fermier : http://www.vierurale.com/Interieur/Famille/FermierC.php
Très interessant,
j’ai eu un peu la même démarche mais à un niveau plus fin et contraint, en calculant la distance à la gare la plus proche (contrainte sur deux départements) et la centrale nucléaire la plus proche (peut être à ajouter à ta carte ce critère !). Ah oui je récupérait aussi le nombre d’habitant et le taux de chomage (c’était ciblé sur des villes).
Aucune solution n’est parfaite, mais je me demande le degré de pertinence du DJU. D’abord il faudrait prendre en compte uniquement les périodes froides (hiver, 50% printemps et automne), car le fait qu’il fasse très chaud en été en méditerranéenne est plutot synonyme de consommation. Et en hiver, je me demande si la donnée majeure n’est pas l’ensoleillement comparativement à la température (dans le cas d’un construction bioclimatique, pas un achat d’appart en ville). Bon reste à trouver une carte d’ensoleillement en hiver.
Pour le prix des terres agricoles, faudrait voir la corrélation avec le prix de l’immobilier (suivant projet). Cependant les moyennes par dept cachent le fait que les terres sont plus cheres pres des villes qu’ailleurs (par ex autour de Toulouse
En tout cas beau boulot :)