
Faucheurs, au panier !
Notre société française a pris la fâcheuse habitude de tirer sur ses ambulances, selon l’expression consacrée de Françoise Giroux. Et comme dirait Brassens, le premier qui dit la vérité, il sera exécuté. Aussi, ne devrait-on pas s’étonner de voir naître l’idée dans les rangs de notre assemblée de créer un « délit de fauchage » d’OGM. C’est qu’il ne suffit pas de s’interroger en long et en large pour décider si toute la France sera victime ou non d’empoisonnement alimentaire, il faut encore mettre « hors d’état de sauver » les écolos inquiets pour notre avenir. En attendant qu’ait aboutie cette réflexion sur un éventuel et prochain suicide collectif, la multinationale américaine, elle, continue à intoxiquer notre planète bleue, pour quelques dollars de plus. Et tandis que Greenpeace fait signer des pétitions pour créer des réserves marines afin que nos enfants puissent goûter quelques poissons, le Grenelle de l’environnement se révèle être un poisson d’avril très réussi en ce début de printemps. Au milieu de la folie collective qui semble envahir le pays, peut-on encore entendre la voix d’une petite fille née en Bourgogne dans les années 80 qui préférait partager sa pomme avec un ver que de manger une pomme dont même un ver ne voudrait pas. Puisque la plupart des belles pommes qui garnissent aujourd’hui nos étales, aussi attrayantes que celle de la marâtre de Blanche Neige, sont déjà infestées de pesticides. Cette petite fille peut bien crier, essayer de prévenir les autres enfants qui succombent aux charmes des brillantes et si parfaites pommes de la marâtre, personne ne l’entend. Et dire qu’il suffirait presque que l’on accepte de manger des pommes un peu moins souvent, pour que celles que l’on mange ne nous tuent pas à petit feu. De vraies pommes, parfois biscornues et véreuses, mais qui respectent la nature qui les a fait naître. Pauvre France, si loin de l’agriculture raisonnée.
Amélie RODOT-DJENNADI Directrice adjointe d’une Maison des Parents, BOBIGNY