
On aurait pu croire la question résolue depuis l’Avare de Molière. En fait il n’en est rien, et la société industrielle a plutôt compliqué le sujet .
Lorsque l’on voit des professeurs de médecine, avec un paternalisme et un patriotisme à la “14-18”, expliquer, rassurer et exhorter le consommateur pour qu’il continue à manger du poulet, on sait que ce n’est pas pour leur éviter une carence protidique, mais uniquement pour soutenir le marché du poulet industriel. Les sources de protéines animales sont très nombreuses, et le poulet industriel ne peut prétendre satisfaire le plaisir de la chère.
Ces professeurs sont en contradiction flagrante avec les données les plus récentes de la science épidémiologique médicale. Obésité, syndrome métabolique, diabète, athérosclérose : les français mangent trop et trop mal ! Ils sont en celà aidés et soutenus par les agro-industriels. Trop de sucre, trop de graisse, trop de viande, trop de sel... La morbi-mortalité par sur-régime alimentaire et sédentarité est sans commune mesure avec celle de la grippe aviaire. Pourquoi cette démission servile des médecins en matière de santé publique ? Avec plus d’un milliard de victimes de la “Mal-Bouffe”dans le monde, faut-il vraiment pérenniser et soutenir médicalement la croissance d’une industrie agro-alimentaire pourtant reconnue responsable de cette catastrophe ? Apparemment oui, d’après le Docteur !
Il nous faut donc aujourd’hui manger par devoir, par patriotisme, par nécessité économique, pour sauver une industrie qui nous a déjà gratifié de l’ESB, et maintenant de la Grippe Aviaire (GA). Quelle misère de la médecine moderne, un Molière contemporain trouverait encore matière à nous faire rire sur le dos des médecins.
Plus absurde encore, on peut positiver et manger par pragmatisme : en tant que consommateur, on paie et on a un poulet. Si l’on ne consomme pas on est puni, on paie quand même en tant que contribuable, mais sans avoir de poulet. L’Etat débloque des fonds pour « soutenir la filière » et les multinationales sont très gourmandes. Elles ont déjà annoncé que « cela ne suffirait pas ».
Bel exemple du Libéralisme “agricole” : quand l’argent rentre on pavane et on se plaint de l’Etat ; quand l’argent vient à manquer on fait appel à l’Etat pour plumer le contribuable. Bel exemple de la collusion Etat-Multinationales. Les copains de l’industrie du maïs sont à leur tour sur les rangs ; on nous annonce déjà une « sécheresse exceptionnelle pour cet été, et les réserves en eau ne suffiront pas »... Ici le circuit de l’argent vers les multinationales passe par l’agriculteur moderne, qui est l’intermédiaire entre l’agro-chimie et l’agro-alimentaire.
Dans cet imbroglio Agro-Politico-Médico-Financier, puisqu’il nous faut vivre pour consommer par devoir patriotique, nécessité économique, ou par pragmatisme pour ne pas se faire plumer ; je conseille de laisser le poulet industriel aux Professeurs de médecine et, avec L.Pasteur et conformément au données de la science je vous propose, de manière plus conviviale, le vin (lui aussi en crise). A consommer avec Parcimoni, le corse et Abonéssian l’arménien.
Tours le vendredi 24 février 2006 - Jean-Marc Sérékian