
Alors que le bouillonnement créé autour de la décroissance économique connaît quelques tensions suite aux Etats-Généraux de La décroissance et la naissance du parti du même nom, comment lui donner aujourd’hui un souffle nouveau pour éviter les perpétuels écueils de la récupération et de la division ?
L’idée de la décroissance de la production et de la consommation dans les pays riche se décline aujourd’hui, sous son diminutif La décroissance, sous de multiples formes. La décroissance est à la fois slogan, programme, mouvement, journal et désormais parti politique. C’est une situation pour le moins propice aux amalgames, la récupération et la division. Est-il possible de sortir du flou ?
Une idée porteuse.
La décroissance-idée permet de formuler un non catégorique au modèle dominant fondé sur un argument simple : dans un monde aux ressources finies, la croissance perpétuelle de la production conduit à la destruction de la planète et de l’espèce humaine. Eclairant l’impasse où nous conduit le mythe du développement sous toutes ses formes (durable, maîtrisé...), elle nous invite à penser et construire l’après-développement. Cette idée devenue porteuse a alors été érigée en slogan.
La décroissance-slogan, contrepied simple et efficace à l’idéologie de la croissance, a ainsi permis de créer une dynamique nouvelle et créative autour de La décroissance-programme (application concrète de l’idée) et c’est là à mon avis son principal mérite.
Un slogan réducteur.
Cependant le slogan est fortement inadapté pour représenter le mouvement qu’il a suscité. L’autonomie, la convivialité, la déconstruction des mécanismes de domination, les nouvelles formes d’organisation sociale, etc... sont autant de sujets débattus et/ou expérimentés par les acteurices de La décroissance-mouvement mais qui ne sont pas rendus par le slogan.
La décroissance économique n’est ni une finalité ni une solution, c’est un passage obligé. Les solutions sont quant à elles multiples et s’inventent chaque jour. Alors pourquoi se ranger derrière un slogan aussi pauvre ?
Un mouvement diversifié.
Ce slogan a pour conséquence directe :
d’occulter la diversité des acteurices du mouvement,
d’occulter la remise en cause globale de la culture de l’impérialisme et donc des mécanismes de domination.
La naissance polémique de La décroissance-parti me semble illustrer parfaitement ces insuffisances. En suscitant l’amalgame entre La décroissance-mouvement et La décroissance-parti, la naissance de ce dernier occulte la diversité du mouvement. Et les commentaires amers autour de cette naissance laissent supposer que les mécanismes de domination sont toujours bien ancrés.
Revenir à l’idée.
Ne serait-il pas temps pour « les décroissant-e-s » ou les « a-croissant-e-s » d’élargir la représentation ? de se démarquer du slogan unique pour afficher la diversité des idées et des modes d’action ? que chaque personne, chaque groupe rende visible la spécificité de sa réflexion, de ses priorités, de ses actions ?
Ne serait-il pas temps de rendre sa place à la décroissance économique, une idée à faire vivre et concrétiser aux côtés des nombreuses autres idées visant à créer une société juste et viable ?