
Une Tribune dans Politis [Politis du jeudi 14 septembre 2006] et un débat à la Fête de l’Humanité ont abordé la problématique de la décroissance au regard de l’analyse marxiste.
Jean-Marie Harribey et Cyril Di Méo considèrent que les décroissancistes « rejettent une des principales avancées de l’économie politique marxiste : la description de différents modes de production, de consommation et de répartition des richesses ». Il est certain que Karl Marx ne compte pas parmi les inspirateurs du mouvement de la décroissance. Et pour cause : le paramètre écologique est largement absent de la théorie marxiste. Pour autant, on ne peut pas dire qu’ils « rejettent l’analyse marxiste ». Peut-être que certains le font. Je n’ai pas la prétention de connaître les idées de tous les décroissancistes. Je suis également incapable de déterminer quelle est leur pensée majoritaire sur le sujet. Le mouvement de la décroissance est pluraliste : il y a le Parti Pour La Décroissance, les Etats Généraux pour la décroissance équitable ainsi que des associations, des collectifs, des journaux voire des individus isolés qui peuvent avoir entre eux et en eux des idées différentes.
Cyril Di Méo et Jean-Marie Harribey font comme s’ils connaissaient très bien l’ensemble du mouvement mais leurs propos contredisent leur prétention.
Dans un débat transcrit dans le journal La Décroissance [La plus importante étude scientifique, c’est celle menée sous l’égide des Nations-Unies, qui a mobilisé 1360 scientifiques en provenance de 95 pays, et qui a abouti au constat suivant : « L’activité humaine exerce une telle pression sur les fonctions naturelles de la Terre que la capacité des écosystèmes de la planète à répondre aux besoins des générations futures ne peut plus être considérée comme acquise ». Ainsi, quinze des vingt-quatre écosystèmes observés (eau douce, climat, réserves halieutiques, sols, forêts, zones côtières, récifs coralliens...) sont « sérieusement dégradés » ou « exploités de manière insoutenable » alors que la survie du genre humain en dépend.], Serge Latouche a déclaré : « il va de soi que la critique du développement et de la croissance implique la remise en cause du capitalisme ». José Bové a dit pour sa part : « Je pense que décroissance et capitalisme sont parfaitement antagonistes. Lutter aujourd’hui pour la décroissance, c’est la façon la plus radicale de lutter contre le capitalisme ». Albert Jacquart a précisé quant à lui : « il me semble évident que le capitalisme est un système irrecevable dans une société de décroissance ».
En ce qui me concerne, je pense que les rapports de production conditionnent largement la nature même de cette production. Des entreprises autogérées par les travailleurs seraient certainement moins destructrices de l’environnement que des sociétés capitalistes, surtout lorsque celles-ci sont aux mains d’actionnaires éloignés du lieu de la production.
Pour autant, le changement de la propriété des moyens de production et la modification des rapports de production ne suffiraient pas à garantir une production respectueuse de l’environnement.
Il s’agit également de soumettre la production à un impératif de « soutenabilité » du point de vue écologique, ce qui impliquerait de réduire de façon drastique certaines productions (dans les secteurs de la chimie, de la métallurgie, de la plasturgie notamment) voire de les supprimer totalement (les filières nucléaire et aérospatiale, l’industrie de l’armement...).
Une autre critique marxiste est faite à la décroissance : celle de confondre l’économie avec le système économique dominant et de vouloir sortir de l’économie au lieu de se fixer comme objectif de sortir du capitalisme.
En réalité, ce qui pose problème, c’est le système économique dominant qui a comme caractéristique d’être capitaliste mais aussi d’être productiviste. Mais le marxisme a inspiré des organisations économiques tout aussi productivistes que le capitalisme.
En revanche, il est vrai que sortir de l’économie, voire de l’ « économisme » ne veut rien dire. Nous avons besoin au contraire d’une organisation économique plus forte pour réguler la production et la consommation, pour une meilleure allocation des ressources et pour une plus juste répartition des richesses.
Jean-Marie Harribey et Cyril Di Méo ont également raison de défendre l’économie monétaire, qui permet d’assurer une protection sociale collective.
Leur Tribune est intéressante. Il est simplement regrettable qu’ils l’aient intitulé « Du danger de la décroissance ». Que certaines idées véhiculées par des partisans de la décroissance puissent être considérées comme dangereuses est une chose. Mais cela ne justifie pas une tentative de discréditer l’ensemble du mouvement. Ces deux auteurs semblent dans le même temps largement sous-estimer les dangers de la croissance. Ils évoquent à la fin de leur article « la nécessité de déconnecter progressivement le développement de la croissance ».
Cet objectif est-il à la hauteur de l’enjeu ? On peut en douter. Il convient de rappeler les résultats des expertises scientifiques En France, une décroissance de l’empreinte écologique [« L’empreinte écologique d’une population est mesurée en calculant quelle superficie de terre et d’eau est nécessaire, sur une base constante, pour produire tous les biens consommés et pour absorber tous les déchets engendrés par cette population ». Mathis Wackernagel et William Rees, Notre empreinte écologique, 1996.] de 75 % est nécessaire [Pour respecter la capacité de charge de la Terre, l’espace bioproductif par humain devrait être de 1,4 ha. Il est aujourd’hui de 1,9 ha. à l’échelle de la planète. L’empreinte écologique des Etats-Unis est de 9,6 ha ; celle de la France de 6 ha.] (et même plus pour prendre en compte l’augmentation de la population). Peut-on y parvenir par une simple déconnexion progressive du développement par rapport à la croissance ?
Je pense qu’il est dangereux de continuer à laisser croire que l’on pourra échapper à un emballement irréversible de la crise écologique sans un effort drastique de réduction de la production industrielle et sans une diminution importante du pouvoir d’achat d’une majorité de Français.
Bien sûr, cet effort devra être équitablement réparti. Le moyen le plus efficace de réduire rapidement les consommations écologiquement néfastes serait d’instaurer un revenu maximal après impôt. En revanche, les plus bas revenus pourraient ne pas être touchés. Il serait bien qu’un pays comme la France donne l’exemple. Il faudrait ensuite que dans le cadre d’un Programme des Nations Unies pour la Décroissance (qui se substituerait au Programme des Nations Unies pour le Développement) l’empreinte écologique globale de la planète soit réduite d’au moins 40 % pour tenir compte de l’augmentation de la population.
Aux Etats-Unis, la réduction de l’empreinte écologique devrait être de 85 % à population constante.
Dans les pays riches, l’ampleur de l’effort à réaliser ne permet pas de parler d’une simple déconnexion progressive du développement par rapport à la croissance.
La croissance est consubstantielle au capitalisme mais elle l’était aussi d’une certaine façon au marxisme. Cela ne veut pas dire que sortir du capitalisme soit suffisant ni que l’analyse marxiste doive être totalement rejetée.
Le débat organisé à la Fête de l’Humanité par Espaces Marx a montré que le mouvement de la décroissance et les partis marxistes pouvaient trouver des points de convergence.
Une chose est sûre : la décroissance ne peut pas s’inscrire dans le cadre du capitalisme. Ce qui est requis, est un modèle de « socialisme de décroissance » (cf mon article de janvier 2006), en opposition au socialisme de croissance ou de production qu’invoquent certains dirigeants du PS.
Emeric Cristallini Paris, le 25 septembre 2006
J’ajouterais que les critiques portées par Haribey sont argumentées et son point de vue fondée : c’est, à le lire, un anticapitaliste.
Par contre, Cyril di Meo, milite dans un parti qui, confortablement installé derrière une critique très générale d’un productivisme désincarné, ne se propose pas de sortir du capitalisme. Et ne s’oppose même plus au libéralisme comme on a pu le voir lors du positionnement des Verts en faveur du TCE.
Si on juge l’action réelle des Verts (au parlement européen par exemple, et encore mieux, l’action de Voynet au gouvernement Jospin), je ne vois pas en quoi cette action s’opposerait à la marche du monde tel qu’il va, aux inégalités nord-sud, à l’injustice sociale et environnementale. Les contreverses théoriques, c’est bien. Agir, c’est mieux.
Il n’y aura pas de politique écologique réelle sans anticapitalisme, sans socialisme. Mais Cyril di Meo trouve plus urgent de s’en prendre à la mouvance décroissanciste que d’affronter les intérêts puissants des détenteurs du capital ou les accompagnements socio-libéraux de son propre parti.
On a les audaces qu’on se choisit.
Bonjour Aimeric,
Pour la bonne propagande de la décroissance, il ne faut plus dire que le PPLD fait parti de la mouvance de la décroissance. en effet le PPLD n’existe pas sous une forme démocratique et populaire vu que les "initiateurs" du projet l’on confisqués au peuple par une action de manipulation proche des manipulations publicitaires. ici http://ppld11.garciagerald.free.fr/PPLD.htm vous trouverez de quoi comprendre le tragique de la situation, tragique pour la décroissance politique étant donné que la boue collée au PPLD ne partira pas au lavage de la désinformation.
Et ce qui précède n’est pas diffamatoire étant donné que japportes les preuves dans mes divers contributions visibles sur le site précédemment nommé.
Amitiées décroissantes gérald GARCIA membre fondateur du PPLD, membre du 1er CN du PPLD, premier exclus du PPLD
PS : moi je n’avances pas caché derrière un pseudo comme ceux qui critiques lachement le communiqué rigolo parru il y a 1 mois ici même