
N’ayons pas peur des mots : le système économique actuel est une méga-machine qui œuvre sans relâche à la destruction de l’environnement, des conditions d’existence des générations futures et plus généralement de toute forme de vie. Toute activité économique ou presque s’inscrit dans cette logique. En conséquence, quasiment tout emploi, toute production inscrite dans le système économique contribue à cette destruction.
Les emplois actuels n’ont, pour la plupart, plus de sens. Ce n’est alors pas l’épreuve physique qu’ils imposent qui sont causes de tant de dépressions, fatigues et autres problèmes de santé du travail. Les machines ont largement réduit le travail physique demandé, mais les maux de santé liés au travail sont de plus en plus fréquents. C’est le fait pour les employés de faire un travail qui leur semble plus ou moins consciemment inutile, nuisible ou qu’ils n’arrivent pas à rattacher à quelque chose de concret, qui démotive beaucoup de travailleurs, donnant un dégoût du travail. Ils échangent contre un salaire un travail dont le produit leur échappe complètement (voir ici et là). Par ailleurs, quand on voit les pratiques des commerciaux qui passent leur vie dans de grosses voitures pour refourguer des choses inutiles et des dettes à de pauvres gens (voir les témoignages dans le documentaire de Pierre Carles : « Attention danger travail »), on pourrait penser que le salaire est proportionnel à la nuisance du dit travail, précisément pour faire taire la mauvaise conscience induite par ce travail. Alors que le niveau de production a atteint des centaines de fois le minimum incompressible d’existence, on demande aux travailleurs-consommateurs de, sans cesse, pousser à de plus hauts niveaux leur productivité, de renforcer leur vigilance sur leur productivité, d’être toujours plus actif dans la « guerre économique ». Notre système économique est absurde. En France en ce moment même, des gens sont payés à produire de la nourriture. Très bien. Mais d’autres sont payés à la mettre à la poubelle. D’autres, à ramasser les poubelles (voir cet article ). Les poubelles iront polluer l’air, les sols. Alors qu’il aurait suffit initialement au producteur de nourriture de travailler moins, produire moins, pour éviter tous les emplois de « rectificateurs » qui occupent tant de monde, le système économique, par la mesure du PIB, se réjouit de « donner du travail » à tout le monde, travaux de surproduction et de résorptions des surproductions. Il en est ainsi dans tous les domaines de production, de tous les marchés, et pas seulement de la nourriture : il y a surproduction massive, écoulée d’une manière ou d’une autre, de transports, d’objets de toutes sortes, de services. Des gens travaillent à surproduire, d’autres à pallier les nuisances. Pourtant, le discours politique classique glorifie l’Emploi, n’importe quel emploi. Or, dans le système économique actuel, des gens sont employés et payés, par exemple, à produire des munitions, ou encore à lancer des bombes au napalm sur des forêts primaires pour l’industrie du bois. Cela se justifie économiquement. Que l’employé de bureau occidental qui n’a jamais manipulé de napalm ne se sente pas innocent dans cette affaire. Le brûlage de la forêt de Tasmanie est effectué pour « nettoyer le terrain » suite aux coupes des plus gros arbres, les plus faciles à exploiter, utilisés pour l’industrie papetière qui fournira des tonnes de document papiers aux japonais qui n’en liront pas le cinquantième. Loin des destructions massives effectuées en amont de son activité, l’employé du secteur tertiaire « propre » travaillera en toute bonne conscience, c’est la perversité de l’« effet boîte noire ». Inutile de préciser, j’espère, que le « zéro papier » et l’informatique ne fait que déplacer le problème : les boîtes noires ne seront plus la forêt et la papeterie, mais l’usine d’ordinateurs lointaine, la centrale électrique lointaine et les lieux où finiront les ordinateurs usés...
Ajoutons ceci comme argument pour la sortie de l’économie, et développons ce point. Le travail, la croissance, l’argent, entrent en contradiction fondamentale avec la nécessité de revenir à un impact soutenable pour la planète. Le fait de revenir à un impact écologiquement supportable est une nécessité évidente, admise par tous. Notamment, au niveau des émissions de gaz à effet de serre, il est reconnu par le gouvernement français qu’il est nécessaire de revenir sous le seuil de 500kg de carbone par personne et par an (le président de la république l’a rappelé dans un discours le 16/02/2005), pour ne pas déstabiliser le climat, ce qui demande une division par 4 des émissions d’un français moyen. Des gens sont payés dans le domaine de l’Environnement, du Développement Durable, pour porter ce discours, donner théoriquement des moyens de réduire son impact sur l’environnement. D’autres gens sont payés à faire de l’éco-conception, des démarches ISO 14001, de la communication environnementale, etc., dans des entreprises... Il peut leur arriver, aussi de se déplacer en avion pour faire des congrès sur le sujet ; ou même, des salons avec pléthores de déchets, lampes halogènes et nourriture industrielle suremballée sont organisés sur ces sujets. Au final, on a du mal à voir en quoi ce genre de personne est plus « écolo » qu’une autre : s’il s’agit d’utiliser du papier recyclé, faire un peu de vélo, avoir des lampes basse consommation et, d’un autre côté, fermer les yeux sur ce qui représente les plus grosses émissions de gaz à effet de serre (manger de la viande à tous les repas, se déplacer en avion ou en voiture sur des milliers de km...), on n’aperçoit pas l’ombre d’une solution au problème climatique avec des masses d’ « éco-travailleurs ». Quand bien même ils se déplaceraient quasiment uniquement en vélo, mangeraient végétarien (ce qui n’est par forcément compatible avec leur travail, beaucoup considéreraient la consommation de viande comme une compensation indispensable), se contenteraient de 15m² de logement chauffés, alors leurs dépenses en argent seraient forcément réduites de beaucoup, pour l’accomplissement de « fonctions de base » (manger, aller à son travail, se loger). Et que feraient-ils de leur salaire sinon le provisionner massivement et en revenir à la solution de passer les deux tiers de son temps au moins en années sabbatiques, ou le donner massivement à des activités supposées peu carbonée ? (À trouver)... La nécessité de réduire la production et la consommation pour parvenir à l’objectif Facteur 4 est une évidence pour les décroissants, ce ne l’est pas pour tous les « éco-salariés ». Tout ce qui représente une dépense d’argent impliquera des émissions à peu près proportionnelles de CO2, de l’ordre de 0,12 keC/€. Tant que la croissance de la sphère économique restera une fin en soi, le corollaire activité économique-pollution globale persistera, même pour des personnes qui « travaillent dans l’environnement ». L’inefficacité économique et la contradiction entre discours et réalité dans le système soviétique m’inspirent certains parallèles avec la débâcle écologique des économies occidentales. Je citerai l’écrivain russe Alexandre Zinoviev à ce sujet. Un de ses personnages dans les Hauteurs Béantes affirme que pour le système soviétique « il est plus facile de former dix mille docteur ès sciences spécialisés dans la théorie des patates qu’un dizaines de magasinier chargés d’ensiler ces mêmes patates ». De même, je dirai que la société de croissance a beaucoup moins de mal à fabriquer des centaines d’experts en développement durable, de chargés de communication environnementale, de contrôleurs qualité ISO14001, de technicien d’éco-industrie, de réparateurs de dégâts de la pollution... plutôt qu’une seule personne capable de réduire concrètement son impact environnemental. Cela s’expliquerait, suivant I. Illich, entre autre par le fait que l’école, qui forme tout citoyen, ne peut « éduquer » à tendre vers de tels objectifs. On peut aussi ajouter l’idée que cela tient au contexte global sociologique poussant à consommer, et économique avec surproduction de biens et services et moyens pour les vendre, production en croissance de 2% par an, qui rend la réduction concrète d’impact environnemental contraire au fonctionnement même de la société. Un individu allant dans le sens d’une réduction de son impact environnemental, et donc de sa consommation, est une anomalie analogue à une aiguille métallique qui ne se situerait pas de le bon sens dans un champ magnétique, au milieu de milliers d’autres tournées dans la même direction.
Tout ce discours n’apprend probablement rien aux lecteurs de decroissance.info. Mais il importait de rappeler des raisons pour lesquelles il faut sortir de l’économie. Ce retrait peut alors se concevoir comme une nécessité étant donné ces surproductions et « travails morts ». Le fait de travailler est inutile, on est déjà largement pourvu en tout un tas de choses pour avoir besoin d’en rajouter : 10kg de nourriture produit par jour par français, des véhicules de 1500kg pour déplacer des humains de 75kg, c’est pas assez ? Sans compter le reste que personne ne demande : plus de 10 tonnes équivalent TNT par humain, stockés en vu de la guerre totale, des milliers de sollicitations commerciales par jour par occidental, des millions de tonnes de poissons attrapés par les bateaux de pêche, dont la plupart sont relâchés blessés ou morts...
Il est d’ailleurs temps d’aborder la question de cette sortie de l’économie, plus en pratique. Je précise qu’elle serait plus facile à effectuer par de jeunes gens libérés de contraintes familiales.
Mais avant, il faut définir les termes employés. Sortir de l’économie, cela peut être interprété différemment. C’est-à-dire :
soit sortir de l’économie au sens de Latouche, c’est-à-dire de représentations imposées avec des valeurs d’échange, de plus-value, etc. ainsi que le fait de considérer en premier lieu la dimension économique de chacun de nos actes. C’est la décolonisation de l’imaginaire. Ce n’est pas la sortie dont il est question dans cet article (qui peut sembler par ailleurs un peu économiciste).
Sortir de l’économie totalement, au sens strict : vivre dans un cabanon, être entièrement autonome, ne rien avoir avec l’argent. C’est possible, mais ce n’est pas non plus vraiment l’objet de cet article
On abordera ici plus une sortie partielle de l’économie, impliquant, par exemple, un usage d’argent, mais plusieurs fois moindre que la moyenne...Ce n’est pas une « vraie sortie », elle reste partielle.
Le problème est qu’il n’y a pas vraiment de « juste milieu » offert par le système. Il est difficile de trouver un emploi à 2 heures par jour. Ou alors, il s’agit « d’emplois » non rémunérés comme un travail en ferme bio, WWOOF par exemple, où on échange travail contre couvert et logis, activités qui sortent donc du système économique. Une autre solution, qui sera abordée plus loin dans cet article, consiste à travailler de manière salariée un an ou deux, et consacrer ensuite quelques années à beaucoup d’autres choses.
Je dois là faire part de mon expérience personnelle. J’ai essayé de réduire mon impact environnemental, ce faisant, j’ai réduit mes dépenses en argent, en simplifiant l’accomplissement des fonctions vitales, en me désencombrant : moins de m² chauffés, moins de cuisine « raffinée », moins de rituels hygiénistes, moins d’addiction à des consommations qui ne sont qu’habitudes dispensables... D’un niveau trois fois plus élevé, je serai passé si mes calculs sont à peu près justes, sous le seuil des 500kg de carbone émis (sans avoir attendu 2050), répondant ainsi aux « exigences du climat » reconnues par le gouvernement de mon pays, mais pour ce faire j’entre en contradiction avec les exigences de ce même gouvernement, avec ses injonctions de « Produire-Consommer ». Mais je mets au défi les défenseurs du Développement Durable de me prouver qu’on puisse produire/consommer pour 1000 ou 1500 euros par mois tout en restant sous le Facteur 4. En attendant, mon choix est fait, je ne produirai ni ne consommerai plus qu’aujourd’hui. Le fait de se déplacer en vélo, de barbouiller des horreurs publicitaires, de faire du compost , n’est pas rémunéré et ne contribue pas au PIB, et pourtant ces activités me semblent bien plus efficaces pour trouver le chemin du Facteur 4, que tout ce qu’on pourrait faire dans le cadre de l’économie, en tant que producteur ou consommateur. Et je pourrais parler beaucoup plus librement de faillite écologique en dehors d’un travail salarié, lequel appliqué à la lettre ne fait que justifier et perpétuer l’effet rebond.
Il faut voir qu’une fois les besoins « vitaux » comblés, tout le reste n’est que vanité. Les besoins vitaux incluent le fait de manger des produits végétaux et d’avoir de quoi se mettre à l’abri des conditions climatiques. Une fois le superflu éliminé, beaucoup de choses se simplifient pour permettre une vie harmonieuse et équilibrée pour la santé, et peu dispendieuse. Conséquemment, en terme monétaire pour montrer « l’efficacité » de la démarche, alors que la plupart des français vivent pour 50 euros par jour en ordre de grandeur, pour d’autres, ceux qui effectuent des marches pour la décroissance par exemple, les dépenses sont inférieures à 5 euros par jour, sans qu’ils soient dix fois plus malheureux. Ils n’ont plus en commun avec les autres personnes les dépenses d’argent, le travail, etc., mais conserve comme socle commun le fait d’être en vie, d’être des humains, et d’avoir une raison, c’est à dire la faculté d’échanger des idées, des concepts... ce qui est utile pour expliquer toute sa démarche. Un de nos amis, par exemple, a considéré qu’il ferait mieux d’obtenir son diplôme d’ingénieur avant de partir en promenade décroissante, car il considérait que ce diplôme donnerait un poids très appréciable à son argumentation.
Une autre expérience de sortie de l’économie consisterait à se défaire de toute ses dépenses d’argent, en les remplaçant une à une par de la non-consommation et de l’autoproduction. Partant d’un capital initial (méthode pour ceux ayant peur d’un grand saut brusque), on diminuerait ses dépenses d’année en année, en se fixant pour objectif de dépenser par exemple 20% du capital restant chaque année. On tendrait donc vers une dépense d’argent nulle sans jamais y être, à une vitesse de sortie de l’économie de 20% par an. Et en quelques années de dépenses décroissantes, on a largement le temps de retrouver les connaissances et moyens d’autosubsistance (ce qui est nécessaire, car au bout de dix ans de cette décroissance exponentielle les dépenses se limiteront à quelques dizaines d’euros par an).
Pour parler, une fois de plus, de mon expérience personnelle : j’effectue pour l’instant un travail salarié « dans l’environnement ». Je consomme peu, j’accumule alors une épargne (à la Nef, banque dite éthique, qui finance d’ailleurs des éco-lieux, entre autre, dans le domaine de l’économie alternative, et cite même dans un de ses bulletins le site onpeutlefaire.com : « La façon la plus efficace de combattre un système qui ne nous convient plus n’est pas de lutter contre lui mais de s’en désintéresser et de ne plus l’alimenter »). Cet argent sera ensuite utilisé à des besoins « vitaux » incompressibles et non effectués en autoproduction au début. Cette manière de gérer son budget sera telle une grande montée à vélo, puis une fois un sommet franchi, un long faux plat à descendre en roue libre. Il n’est pas certain que le mode de vie qui en découle, me convienne à long terme : alors, dans mon « faux plat descendant », je « remonterai » à l’occasion en prenant un travail quelques mois... Cela reste à voir à l’usage. En attendant, une vie faite d’autoproduction de nourriture et d’habitat, de découverte d’écovillages, peut se faire largement quelques années (plus ou moins selon le capital initial et toutes les fonctions de consommations monétarisées qu’on effectue encore... et si je n’étais pas d’une prévoyance exagéré, je n’aurai pas eu besoin de constituer ce capital, on peut se débrouiller sans. Voir ce fil de discussion
A noter que cette façon d’utiliser un capital, en décroissance, semble assez raisonnable si l’on veut être durable. L’économie actuelle fonctionne totalement différemment : dans son principe, elle puise dans un capital naturel, qui se présente sous forme de ressources non renouvelables (notamment le pétrole : la plus rare en quantité par rapport à d’autre comme le fer, le charbon, l’eau, les pierres... mais l’une des plus consommé : c’est pourquoi ce sera celle qui manquera en premier à la méga-machine), et pire, après usage par l’économie, celle-ci sont irréversiblement dégradées (pour tout ce qui est énergies fossiles). Le système économique, dans sa folie aveugle qu’on pourrait même qualifier d’anti-économique, ne s’assigne pas comme objectif de se libérer de l’usage de ce capital, mais au contraire, augmente la ponction en énergie fossile de 2% par an. Ce qui paraîtrait irrationnel pour n’importe quel individu ne choque pas au niveau global, le chœur des économistes se ralliant à l’idée que la Science trouvera bien une solution. Dont j’ai conclu, en tant qu’énergéticien, qu’elle n’existe pas (voir ici et là) Partant de ce constat, pour un individu raisonnable il est de bon sens de sortir de cette économie irrationnelle et suicidaire qui mange son capital, par décroissance de l’usage de son propre capital économique, montrant ainsi l’exemple à petite échelle qu’on aimerait que le modèle macro-économique suive au niveau global.
Cette sortie, on l’a vu, se fait par un désencombrement, une simplification de sa consommation, éventuellement en joignant un éco-lieu ou une ferme WWOOF, au moins pour l’apprentissage... on tendra vers une autoproduction presque complète. Est-ce à dire que je proposerai un monde où chacun serait en autarcie et où cesserait « l’aventure humaine » ? (Il n’y aurait plus d’interaction entre les humains à plus de 10km, d’avancé de la connaissance par la science, la philosophie...) Je ne pense pas. Tous ceux qui sortent de l’économie n’ont pas cette vision, mais personnellement je la propose en réaction à la course folle à la destruction de ressources, et une réintégration individuelle dans l’économie serait (sera) envisageable si (quand) les êtres humains, qui sont des êtres biologiques ayant besoin d’air et d’eau, avant d’être des agents économiques, se donnaient (donneront) pour objectif d’en finir avec l’aliénation économique, et de réparer les dégâts environnementaux. Ce qu’Ivan Illich nomme « l’inversion politique », évènement attendu et imprévisible, inévitable et inconnu, marquera un changement notable pour la vie de tous les gens, y compris ceux qui sont « sortis de l’économie », sortie dont il faut bien reconnaître qu’elle n’est pas généralisable comme je l’ai décrite ci-dessus... Lorsque sera retrouvé un usage raisonnable de la puissance offerte par la technique (comme cela existe déjà), nous tenterons d’endiguer avec ces moyens les dégâts provoqués sur l’environnement pour redonner une chance d’avoir une planète habitable.
salut Jeuf,
comment obtiens-tu ton capital de départ pour pouvoir effectuer une transition ?
Par ailleurs, ce que tu proposes est tout-à-fait louable et pertinent mais malheureusement, il y a bcp trop de conditions difficiles à respecter pour pas mal de personnes (conditions surtout d’ordre intellectuel) :
reconnaître qu’il y a un problème quelque part
reconnaître que le problème n’est pas seulement personnel
avoir une bonne idée du fonctionnement de notre économie, du système financier, des flux énergétiques (production, consommation, rejet, etc)
avoir le temps et la capacité de lire et comprendre ce qu’on lit
pouvoir communiquer, débattre de manière intelligible avec des personnes qui pourraient pousser dans l’impasse ou faire avorter le projet (conjoint, parents, collègues, etc)
etc, etc
Ce genre de comportement n’est pas à la portée de tous pour des raisons, je dirais, surtout psychologiques.
Emouvant article mais aussi un peu déprimant... D’abord parce que je me dis qu’on ne te verra plus beaucoup par chez nous. Ensuite parce que mon sentiment est que les personnes qui se sont retrouvées autour de l’idée de décroissance, qu’entre nous, aucun projet politique n’a été formulé. Peut-être que globalement les militants décroissants sont assez heureux comme ça, ont encore le sentiment d’être à l’avant-garde ?
Le résultat est que la sortie de l’économie ne s’organise pas vraiment collectivement, car comme tu le dis (mais sur un plan strictement individuel) :
Le problème est qu’il n’y a pas vraiment de « juste milieu » offert par le système. Il est difficile de trouver un emploi à 2 heures par jour.
Je ne me retrouve absolument plus dans cette opposition entre les "radicaux" refusant toute idée de porter un discours, toute institution et toute représentation, et ceux qui rêvent d’un élan électoral en sapant tout force sociale sur laquelle ils pourraient s’appuyer.
C’est pourquoi ce sont les tentatives individuelles qui prennent le pas maintenant, une certaine débrouille, les pages annonces de la revue S !lence, un certain capital (culturel, mais ausi économique), comme s’il fallait prendre son "courage à deux mains" pour s’extraire du "système", plutôt que donner un coup de main.
Une autre expérience de sortie de l’économie consisterait à se défaire de toutes ses dépenses d’argent, en les remplaçant une à une par de la non-consommation et de l’autoproduction.
C’est ce genre de transition que j’imagine institutionnaliser ici : http://forum.decroissance.info/viewtopic.php ?t=4214
On ne peut pas institutionnaliser la joie de vivre, mais par contre je ne vois de contre-indication à institutionnaliser la sortie de l’économie.
Moi non plus, je ne suis pas contre les "institutionnelisations". Mais il n’y en a pas aujourd’hui de prévu, au contraire (on oblige les gens à rester productifs). c’est bien ce dont je parle à la fin, parce qu’il faut en même temps organiser la réparation des dégâts...
Enfin , je crois qu’il y en a (des décroissance de ce site) qui sont contre, l’institutionnelisation...
L’idée dans l’An 01 de Gébé de tout arrêter et réfléchir serait intéressante aussi, mais impossible à mettre en pratique